Vision pour l'évaluation de la solvabilité des compagnies d'assurance de personnes au Canada

Propriétés du document

  • Auteur : Comité consultatif sure la solvabilité
  • Date : novembre 2007

Vision

Le Comité consultatif sur la solvabilité (le « comité consultatif ») a rédigé le présent document qui esquisse une vision de nouvelles exigences financières de solvabilité fondées sur des principes à l’intention des compagnies d’assurance de personnes canadiennes. Ces exigences visent à encourager la prise de meilleures décisions opérationnelles en fonction du risque et à mieux tenir compte du profil de risque de chaque compagnie et de ses pratiques en matière de gestion des risques.

Les intervenants clés du secteur canadien de l’assurance de personnes collaborent au sein du comité consultatif pour :

  • mettre au point des principes généraux pour l’élaboration d’un nouveau cadre de solvabilité à l’intention des compagnies d’assurance de personnes canadiennes;

  • émettre des consignes stratégiques au sujet des techniques pouvant être utilisées;

  • évaluer les recommandations des groupes techniques prenant part au processus sur le nouveau cadre de solvabilité;

  • établir un consensus au sujet de l’orientation du nouveau cadre.

Le comité consultatif est coprésidé par un membre de l’Institut canadien des actuaires (ICA) et un représentant du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF). Il se compose de représentants de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), de l’ICA, d’Assuris, de l’Autorité des marchés financiers (l’« Autorité ») et du BSIF ainsi que d’intervenants de grandes et de petites compagnies d’assurance et du secteur de la réassurance.

Concepts clés

Le comité consultatif propose que les futures exigences financières de solvabilité des compagnies d’assurance de personnes canadiennes :

  • prennent en compte tous les risques de crédit, de marché, de souscription et le risque opérationnel;

  • constatent tous les flux de trésorerie de tous les actifs et passifs;

  • évaluent les flux de trésorerie de façon réaliste et cohérente;

  • prennent en compte les stratégies des compagnies d’assurance en matière d’atténuation des risques;

  • considèrent l’interdépendance des risques et les dépendances internes et les reconnaissent lorsqu’elles sont appropriées et quantifiables;

  • garantissent, à un niveau de confiance élevé, que les compagnies d’assurance ont des actifs suffisants pour supporter les difficultés pendant une période de référence définie de contrôle réglementaire (qui pourrait, par exemple, être fixée à une année);

  • fassent en sorte qu’il reste des actifs suffisants à la fin de la période de référence pour :

    • soit transférer les obligations restantes à une autre compagnie d’assurance;
    • soit conserver les obligations restantes jusqu’à échéance.

Ces concepts clés de la vision se traduisent par une exigence réglementaire en matière d’actif qui dresse un tableau réaliste de la situation financière de chaque compagnie d’assurance.

Ce cadre de solvabilité fondé sur des principes est indépendant du régime d’information financière canadien actuel et s’appliquera sans égard à l’orientation finale des normes comptables canadiennes.

Cible réglementaire et exigences minimales

Chaque compagnie d’assurance calculera de deux façons son exigence réglementaire en matière d’actif : en fonction d’une cible (l’actif cible requis ou ACR) et d’un seuil (l’actif minimal requis ou AMR).

Les autorités de réglementation fixeront l’ACR à un niveau de confiance élevé correspondant au seuil applicable aux titres de première qualité. Le comité consultatif prend comme hypothèse de travail un niveau de confiance de 99 % de l’espérance conditionnelle unilatérale (ECU) sur une année. À la fin de l’année, il doit y avoir des actifs suffisants pour conserver les contrats d’assurance jusqu’à échéance ou les vendre.

Les compagnies d’assurance choisiront probablement de gérer leurs affaires à un niveau de confiance plus élevé que l’ACR pour atteindre les cibles de solidité voulues par leurs intervenants.

L’AMR est le niveau auquel il est prévu que l’autorité de réglementation prendra le contrôle de la compagnie d’assurance ou toute autre action valable. Évidemment, rien ne l’empêche d’intervenir avant si elle estime que cela est justifié. L’AMR sera déterminé selon les mêmes principes fondamentaux que l’ACR.

Approche avancée et approche standard

La méthode de calcul de l’ACR la plus perfectionnée est l’approche avancée, qui utilise une modélisation de scénarios intégrée au processus de gestion des risques de la compagnie d’assurance. L’approche avancée nécessite une modélisation des risques de la compagnie d’assurance tenant compte de ses stratégies d’atténuation des risques (c’est-à-dire de la façon dont les risques sont gérés) et de l’interdépendance de ses principaux types de risques et des dépendances internes aux risques (c’est-à-dire de la façon dont les différents types de risques interagissent) dans des situations normales et de crise. Les dépendances internes des risques seront considérées seulement si elles peuvent être évaluées d’une manière adéquate.

L’approche avancée est perfectionnée, mais il faut que ses résultats soient compréhensibles et vérifiables. Son utilisation pour déterminer l’ACR doit d’abord être approuvée par les autorités de réglementation. L’approche avancée ne pourra être retenue que par les assureurs démontrant qu’ils appliquent des contrôles solides et qui sont conformes aux normes minimales émises par les autorités de réglementation.

Nombre de compagnies d’assurance détermineront leur ACR réglementaireNote de bas de page 1 au moyen de l’approche standard. L’approche standard (méthode fondée sur des formules ou des facteurs) n’est pas aussi perfectionnée que l’approche avancée, mais elle fait ressortir les risques, les stratégies d’atténuation des risques et l’interdépendance des risques clés. Elle sera toutefois conçue de façon à convenir à l’ensemble du secteur, en fonction des résultats des travaux de l’ICA et de l’expérience des compagnies d’assurance qui utilisent un cadre de modélisation avancé.

L’approche standard utilisée pour l’ACR sera également utilisée comme modèle de base par toutes les compagnies d’assurance pour l’AMR. L’AMR sera certainement obtenu au moyen de simples ajustements de l’approche standard de l’ACR traduisant un seuil de suffisance inférieur approprié.

Comme l’approche avancée, l’approche standard doit être compréhensible et vérifiable. Toutefois, en raison du rôle important de l’AMR dans l’intervention, l’approche standard doit aussi être objective.

Le graphique et le tableau suivants résument la vision du comité consultatif.

Pas encore définie  
Comparaison entre l’actif minimal requis et l’actif cible requis
Actif minimal requis Actif cible requis
Objet Déterminer le point auquel les autorités de réglementation prennent le contrôle Niveau d’actif pour la continuité de l’exploitation que l’autorité s’attend à voir maintenir par les compagnies d’assurance
Approche standard ou avancée Approche standard seulement Approche standard ou avancée
Niveau de suffisance À déterminer ECU 99 % sur une période de référence d’un an + provision terminale
Comparaison entre l’approche avancée et l’approche standard
Avancée Standard
Type Modèle interne fondé sur des tests à scénarios multiples et (ou) des méthodes stochastiques utilisant les données et hypothèses de la compagnie Calcul fondé sur des formules ou des facteurs utilisant les hypothèses du secteur et les données de la compagnie
Risques Tous les risques sont modélisés explicitement et de manière appropriée Tous les risques sont reconnus implicitement ou explicitement dans la formulation de l’approche standard et modélisés de manière appropriée
Application Le choix entre l’approche avancée ou standard peut être fait séparément pour le risque de crédit, de marché, de souscription et le risque opérationnel Le choix entre l’approche avancée ou standard peut être fait séparément pour le risque de crédit, de marché, de souscription et le risque opérationnel
Atténuation des risques L’atténuation des risques est modélisée Les types clés d’atténuation sont reconnus implicitement ou explicitement
Dépendances des risques (par exemple, corrélation, concentration) Les interdépendances et dépendances internes des risques sont modélisées lorsqu’elles sont appropriées et quantifiables Reconnaissance partielle des dépendances internes des risques clés
Niveau de confiance ECU 99 % sur une période de référence d’un an + provision terminale ECU 99 % sur une période de référence d’un an + provision terminale
Calibrage Calibrée selon les normes de modèle interne établies par la profession actuarielle et l’autorité de réglementation Calibrée régulièrement par l’autorité de réglementation en consultation avec les intervenants du secteur et en tenant compte des approches avancées déposées auprès de l’autorité de réglementation
Résultats Compréhensibles et vérifiables Compréhensibles, vérifiables et objectifs
Utilisation Pour établir l’ACR, si elle est approuvée par l’autorité de réglementation Calculée par toutes les compagnies. Utilisée par de nombreuses compagnies pour établir l’ACR. Utilisée par toutes les compagnies pour établir l’AMR.

Annexe 1 - Contexte

Objet du présent document

Le Comité consultatif sur la solvabilité (le « comité consultatif ») a rédigé le présent document qui esquisse une vision de nouvelles exigences financières de solvabilité fondées sur des principes à l’intention des compagnies d’assurance de personnes canadiennes. Ces exigences visent à encourager la prise de meilleures décisions opérationnelles en fonction du risque et à mieux tenir compte du profil de risque de chaque compagnie et de ses pratiques en matière de gestion des risques.

Intervenants du changement

Les intervenants clés du secteur canadien de l’assurance de personnes collaborent au sein du comité consultatif pour :

  • établir un consensus au sujet de l’orientation du nouveau cadre;
  • mettre au point des principes généraux pour l’élaboration du nouveau cadre;
  • émettre des consignes stratégiques au sujet de l’orientation technique;
  • évaluer les recommandations des groupes techniques prenant part au processus.

Le comité consultatif est coprésidé par un membre de l’Institut canadien des actuaires (ICA) et un représentant du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF). Il se compose de représentants de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), de l’ICA, d’Assuris, de l’Autorité des marchés financiers (l’« Autorité ») et du BSIF ainsi que d’intervenants de grandes et de petites compagnies d’assurance et du secteur de la réassurance.

Raison du changement

Les principales compagnies d’assurance adoptent des modèles de capital avancés pour la gestion interne des risques, la gestion du capital, les exigences d’information réglementaires et les évaluations des agences de notation. Le comité consultatif juge important de soutenir ces changements dans la gestion des risques parce que tous les intervenants bénéficieront d’une amélioration de la détermination et de la répartition du capital en fonction des risques. Par conséquent, il a élaboré la présente vision pour l’évaluation de la solvabilité des compagnies d’assurance de personnes au Canada.

Public cible

Le présent document s’adresse aux professionnels du risque (dont les actuaires) et aux autorités de réglementation ou de contrôle. Il peut cependant être utile à tous les intervenants pour lesquels la gestion des risques et l’information sur les risques sont importantes. Les intervenants sont notamment :

  • les gestionnaires internes : haute direction, conseil d’administration;

  • les examinateurs : autorités de réglementation, vérificateurs, pairs examinateurs, agences de notation;

  • le public : actionnaires, analystes de marchés, souscripteurs de police.

Portée

Le cadre de solvabilité des compagnies d’assurance exposé dans le présent document a été élaboré du point de vue des :

  • sociétés de portefeuille d’assurances canadiennes ayant des filiales dans le secteur de l’assurance de personnes;

  • activités mondiales en assurance de personnes des compagnies d’assurance, sociétés de secours mutuels et réassureurs détenant un permis au Canada;

  • activités canadiennes en assurance de personnes des compagnies d’assurance, sociétés de secours mutuel et réassureurs étrangers.

L’adaptation du cadre à la situation particulière des sociétés de portefeuille ou des filiales n’a pas encore été étudiée.

Concepts clés

Les concepts clés que le comité consultatif propose pour les futures exigences financières de solvabilité à l’intention des compagnies d’assurance de personnes canadiennes tiennent compte des principes clés de l’évaluation de la solvabilité des compagnies d’assurance de personnes qu’il a élaborés et qui ont été rendus publics par le BSIF et l’Autorité en 2006. Ces concepts clés sont à la base de l’approche avancée et de l’approche standard.

Annexe 2 - Détail des exigences financières

Les autorités de réglementation fixeront l’actif cible requis (ACR) à un niveau de confiance élevé correspondant au seuil applicable aux titres de première qualité. Le comité consultatif prend comme hypothèse de travail un niveau de confiance de 99 % de l’espérance conditionnelle unilatérale (ECU) sur une année. À la fin de l’année, il doit y avoir des actifs suffisants pour conserver les contrats d’assurance jusqu’à échéance ou les vendre.

L’ACR sera fixé selon les exigences suivantes :

Période de référence

Pour les fins de l’évaluation de la solvabilité, la « période de référence » est la période prospective à partir de la date d’évaluation de la solvabilité et au cours de laquelle de graves difficultés pourraient survenir nécessitant l’intervention de l’autorité de contrôle. Le comité consultatif fixe cette période à un an. Il doit rester suffisamment de fonds à la fin de l’année, selon le scénario testé, pour que la compagnie d’assurance s’acquitte de ses obligations envers ses souscripteurs ou transfère les risques à une compagnie d’assurance remplaçante. Autrement dit, il doit y avoir une provision terminale adéquate pour les risques restants à la fin de la période de référence.

Provision terminale

Le montant des actifs dont la compagnie d’assurance a besoin à la fin de la période de référence pour remplir ses obligations envers les souscripteurs pendant la durée de vie résiduelle de ces obligations ou pour transférer les risques à une compagnie d’assurance remplaçante. La détermination de la provision terminale reconnaît les graves difficultés testées pendant la période de référence précédente en vue d’une intervention de l’autorité de contrôle. On trouvera d’autres conseils dans le document rédigé par la sous-commission sur le cadre de solvabilité de l’Institut canadien des actuaires (ICA) sur ce sujet.

Niveau de confiance

Les actifs doivent être suffisants pour remplir les obligations de la compagnie d’assurance à un niveau de confiance élevé. Cette évaluation des risques de la compagnie d’assurance doit tenir compte des éléments de volatilité, d’incertitude et de catastrophe des risques. L’autorité de réglementation fixera le niveau de confiance. Le comité consultatif prend comme hypothèse de travail un niveau de confiance de 99 % de l’espérance conditionnelle unilatérale (ECU) sur une année. La mesure de confiance que le comité consultatif privilégie sur la recommandation de la sous-commission sur le cadre de solvabilité est le TailVar (TVaR), aussi appelé espérance conditionnelle unilatérale (ECU). On trouvera d’autres conseils dans le document rédigé par la sous- commission sur le cadre de solvabilité sur ce sujet.

Cohérence

Les risques liés aux actifs et aux passifs seront évalués de manière cohérente sur la base d’« information relative au marché ». Le débat se poursuit au Canada et à l’échelle internationale sur le sens précis de ces mots étant donné que divers intervenants s’efforcent d’obtenir des valeurs « relatives au marché » pour des séries de flux de trésorerie d’actif ou de passif.

Annexe 3 - Cadre de solvabilité

Le document qui expose la vision traite principalement des éléments financiers du cadre de solvabilité, mais un régime solide et complet devrait aussi comporter des exigences réglementaires en matière de gouvernance et de pratiques commerciales qui interagissent de façon totalement intégrée et cohérente.

Approche à niveaux multiples

Le comité consultatif approuve les approches à niveaux multiples actuelles pour la surveillance des compagnies d’assurance. Il s’agit d’une combinaison des éléments suivants :

  • Niveau 1 : Préconditions de l’évaluation de la solvabilité
  • Niveau 2 : Exigences réglementaires
  • Niveau 3 : Évaluation et intervention par l’autorité de contrôle
  • Communication de l’information

Ces niveaux qui se renforcent réciproquement ont été proposés par l’AICA et sont actuellement utilisés au Canada. Le comité consultatif recommande que l’on continue de les utiliser. La fonction, la conception et le fonctionnement de chaque niveau continueront d’évoluer en fonction des besoins du secteur et des pratiques exemplaires en matière de surveillance.

Cadre de surveillance de la solvabilité

Pas encore définie  

Niveau 1 – Préconditions de l’évaluation de la solvabilité

Une surveillance efficace du secteur des assurances nécessite une autorité de contrôle disposant des pouvoirs, de la protection juridique et des ressources financières nécessaires pour exercer ses attributions. L’autorité doit disposer de pouvoirs lui permettant de faire ce qui suit :

  • obliger les compagnies d’assurance à évaluer et gérer les risques auxquels elles sont exposées et conséquemment à évaluer et maintenir leurs ressources financières totales;

  • imposer aux compagnies d’assurance des exigences financières réglementaires ayant pour résultat qu’elles conservent des actifs suffisants dans les situations normales et de crise pour protéger les intérêts des souscripteurs;

  • exiger que, si nécessaire, les compagnies d’assurance prennent les mesures qui s’imposent pour réduire leurs risques de sorte que les actifs qu’elles détiennent soient suffisants.

Ces préconditions sont déjà en vigueur au Canada et devraient continuer à exister à l’avenir.

Niveau 2 – Exigences réglementaires

Le niveau 2 comporte trois catégories : les exigences financières, la gouvernance et les pratiques commerciales. Cependant, le présent document concerne avant tout les exigences financières, qui sont abordées dans la section suivante. La gouvernance, les pratiques commerciales et les exigences d’information sont aussi importantes, mais elles débordent largement du cadre restreint de l’évaluation de la solvabilité, et c’est pourquoi elles ne sont évoquées que brièvement ci-après.

Exigences financières réglementaires

Au niveau 2, les autorités de contrôle utilisent toute une gamme de mesures quantitatives pour évaluer la situation financière des compagnies d’assurance de personnes. La principale d’entre elles est une exigence de capital fondée sur les risques (par exemple, MMPRCE et TDAMR au BSIF fédéral ou EMSFP à l’Autorité, au Québec).

Dans le passé, cette exigence de capital fondée sur les risques s’ajoutait aux passifs déterminés conformément aux PCGR canadiens.

À l’avenir, nous prévoyons que l’exigence financière de solvabilité sera déterminée de manière intégrée, en utilisant une approche d’exigence réglementaire en matière d’actif.

Dans le passé, l’exigence de capital fondée sur les risques était liée à divers niveaux d’intervention réglementaire. Les compagnies qui excédaient en permanence un niveau cible établi en consultation avec les autorités de contrôle (par exemple, actuellement de 150 % de l’exigence de capital) étaient soumises à une surveillance normale. En revanche, les compagnies qui n’atteignaient pas cette cible faisaient l’objet d’une surveillance et d’une intervention qui augmentaient par paliers.

À l’avenir, nous prévoyons qu’il sera nécessaire de conserver une exigence d’actif cible requis (ACR) reposant sur l’information relative au marché et une exigence d’actif minimal requis (AMR), qui serviront d’éléments déclencheurs de la surveillance et de l’intervention. Il est probable que les compagnies d’assurance à forte capitalisation boursière souhaiteront conserver un niveau d’actif bien supérieur à l’ACR afin de maintenir leur solidité financière. À l’avenir, l’AMR sera déterminé au moyen de l’approche standard.

Dans le passé, on utilisait largement des calculs utilisant des facteurs fondés sur les risques pour déterminer les exigences de capital. Pour certains risques plus complexes (par exemple, les garanties des fonds distincts), des modèles internes plus perfectionnés utilisant notamment la modélisation stochastique, le « bilan total » ou la mesure du risque ECU étaient utilisés. Dans une large mesure, les grandes et les petites compagnies d’assurance utilisaient des degrés de complexité analogues pour déterminer leurs exigences de capital.

À l’avenir, une utilisation plus large de modèles internes avancés sera encouragée (et exigée plus souvent qu’à l’heure actuelle). Les grandes compagnies d’assurance, les compagnies d’assurance qui disposent des moyens techniques et celles qui ont des risques complexes seront encouragées à utiliser des modèles internes avancés. Une approche standard sera offerte à toutes les compagnies d’assurance. Elle sera élaborée selon les mêmes principes clés que l’approche avancée et conçue de façon à convenir à l’ensemble du secteur, en fonction des résultats des travaux de l’ICA et de l’expérience des compagnies d’assurance qui utilisent un cadre de modélisation avancé.

Gouvernance

Une bonne gouvernance étayée par une communication efficace de l’information est essentielle à la bonne gestion des compagnies d’assurance et à l’efficacité du cadre réglementaire. Il n’est possible d’atténuer certains risques qu’en imposant des normes en matière de gouvernance et non en fixant des exigences financières réglementaires. Les normes en matière de gouvernance sont donc un des aspects fondamentaux du cadre de solvabilité.

Le cadre de solvabilité suppose une évaluation dynamique du risque par la direction des compagnies d’assurance, ce qui nécessite la prise de jugement en matière de provisions et de suffisance du capital. Il incombe clairement aux compagnies d’assurance de s’acquitter de leurs responsabilités fiduciaires à l’égard des souscripteurs et de gérer leurs risques, d’évaluer leurs obligations et de se procurer des capitaux suffisants. Le rôle de l’autorité de réglementation consiste à veiller à ce qu’elles s’acquittent de cette responsabilité de gestion et rendent des comptes.

Une bonne gouvernance et de bons avis professionnels sont des conditions préalables de tout régime de solvabilité dans lequel la communication de l’information financière et de l’information de gestion, ainsi que les évaluations, dont celle de la solvabilité, dépendent des systèmes d’évaluation et de gestion du risque de chaque compagnie d’assurance. Une bonne gouvernance conçue et mise en œuvre de manière adéquate permet à l’autorité de contrôle de déterminer que le conseil d’administration et la direction des compagnies d’assurance sont à même de mettre en œuvre des systèmes de gestion des risques efficaces dont ils prennent la responsabilité. Des normes de conduite professionnelle claires, pertinentes et exécutoires sont en mesure de promouvoir l’objectivité et l’indépendance des vérificateurs et des actuaires.

La bonne gouvernance devrait être solidement ancrée dans les pratiques de la direction et des employés de chaque compagnie d’assurance. Les membres de la direction devraient avoir suffisamment de compétences et d’expérience en matière d’assurances. Ils devraient bien comprendre les systèmes de gestion des risques, d’évaluation et de répartition du capital au sein de leur compagnie. Après tout, ils sont chargés de concevoir et de mettre en œuvre ces systèmes et d’évaluer leur efficacité, notamment en surveillant les limites d’exposition au risque fixées par le conseil d’administration.

La direction est responsable de s’assurer que les évaluations fondées sur des modèles et les systèmes de répartition du capital fonctionnent efficacement en ayant :

  • des ressources chargées de la modélisation qui sont suffisantes, compétentes et possèdent les qualifications nécessaires;

  • un processus, comprenant notamment le contrôle ex post et le calibrage en fonction des évaluations du marché, qui vise à faire en sorte que les modèles et procédures produisent de bonnes estimations et que les évaluations ne sont ni insuffisantes ni sous-estimées structurellement;

  • un processus d’examen des données utilisées pour déterminer les hypothèses requises par les modèles;

  • un processus pour garantir que les intrants des modèles sont compatibles avec les données générales sur les marchés financiers et l’expérience de la compagnie, selon le cas;

  • un examen des évaluations fondées sur des modèles pour détecter les erreurs et limiter les points faibles;

  • un processus continu et crédible d’amélioration de la performance des modèles;

  • un cycle régulier d’évaluation des modèles qui permette de surveiller leur performance et leur stabilité, de réviser les relations à l’intérieur des modèles et de confronter les résultats des modèles avec les faits;

  • une documentation adéquate du modèle et des processus d’évaluation et de répartition du capital.

La direction est chargée de s’assurer que la compagnie d’assurance à recours aux services de spécialistes possédant les compétences, les connaissances et l’expérience adéquates.

Pratiques commerciales

Les obligations en matière de pratiques commerciales sont également un des éléments essentiels du cadre de solvabilité. Comme dans le cas de la gouvernance, il n’est possible d’atténuer certains risques qu’en imposant certaines pratiques commerciales et non en fixant des obligations financières réglementaires.

Les exigences en matière de pratiques commerciales visent à faire en sorte que le consommateur puisse choisir le produit d’assurance qui répond le mieux à ses besoins. Les bonnes politiques et procédures en matière de pratiques commerciales ont également une incidence sur la solvabilité des compagnies d’assurance. Elles devraient donc être un élément fondamental de leur gestion des risques. Les mauvaises pratiques commerciales peuvent avoir une incidence prudentielle directe sur une compagnie d’assurance ou porter atteinte à sa réputation et ainsi avoir de graves conséquences indirectes sur sa situation financière et sa capacité d’exercer ses activités. Pour avoir de bonnes pratiques commerciales, la compagnie d’assurance doit bien comprendre les risques couverts par les polices. Ces pratiques devraient faire partie intégrante de la structure de gestion des risques et de gouvernance de la compagnie.

Le régime de solvabilité devrait être transparent et indiquer comment les attentes des souscripteurs sont reflétées dans les exigences financières. Des obligations implicitesNote de bas de page 2 peuvent découler de l’exercice du pouvoir discrétionnaire des compagnies d’assurance en vertu des polices. Les compagnies exercent aussi ce pouvoir pour gérer leur risque de perte. La portée et la nature de ce pouvoir peuvent varier selon les polices et les compagnies. Il faudrait en tenir compte pour fixer les exigences de capital.

Niveau 3 – Évaluation et intervention par l’autorité de contrôle

Dans le passé, l’évaluation des activités des compagnies d’assurance par les autorités de contrôle comportait de nombreux aspects. L’examen portait notamment sur la conformité, la gestion des risques, la gouvernance, la vérification et l’examen par des pairs externes du passif des polices.

Il devrait également y avoir un cadre de contrôle de la solvabilité comprenant l’évaluation par les compagnies de leurs besoins en capitaux, qui déclencherait divers degrés d’intervention en temps opportun par l’autorité de contrôle. Ces niveaux devraient être établis en fonction des mesures correctives à la disposition de la compagnie d’assurance et de l’autorité de contrôle, le cas échéant, notamment la possibilité de réduire les risques pris par la compagnie et de réunir davantage de capitaux.

À l’avenir, nous nous attendons à ce que ces besoins demeurent et évoluent au fil du temps en fonction des pratiques exemplaires du secteur et des autorités de contrôle. Toutefois, l’« actif total requis » et les déterminations du capital au moyen de modèles internes obligeront tant les compagnies d’assurance que les autorités de contrôle à utiliser des types différents de gestion des risques, de modélisation des risques et de stratégies de communication techniques. Les compagnies d’assurance qui souhaitent utiliser davantage les modèles internes devront justifier le choix des modèles, leurs hypothèses, leurs données et leurs résultats. Le contrôle ex post et la validation des hypothèses devront être faits par des personnes expérimentées. De plus en plus, il faudra établir les modèles internes conformément aux normes de pratique professionnelle. Des aptitudes et de l’expérience en matière de surveillance des modèles internes avancés seront nécessaires.

Communication de l’information

Il faut faire une distinction entre l’information publique et l’information fournie aux autorités de réglementation, qui est confidentielle. Cette dernière information est généralement plus détaillée et de nature technique. Non seulement la confidentialité permet-elle d’empêcher la divulgation d’information commercialement sensible, mais elle favorise l’ouverture entre les autorités de réglementation et les compagnies d’assurance. Ces dernières devraient fournir suffisamment d’information pour donner confiance aux autorités de réglementation et au public en leur montrant qu’elles s’acquittent de leur responsabilité de gérer leurs risques et de protéger les intérêts des souscripteurs.

La communication d’information au public est essentielle à un régime de solvabilité équilibré, au fonctionnement d’un marché sain et à la réalisation des objectifs de transparence, de comparabilité et de convergence. L’utilisation de calculs d’exigences de capital de plus en plus fondés sur le risque devrait accroître la qualité et l’utilité de l’information sur les risques que les compagnies d’assurance devraient fournir.

Annexe 4 - Rôles et responsabilités

Autorité de contrôle ou de réglementation

  • Approbation de tous les principes

  • Établissement de règles et de réglementation sur les exigences financières de solvabilité compatibles avec les principes

  • Approbation des modèles internes, y compris les normes de calibrage

  • Examen du respect des exigences de capital dans le cadre de la surveillance générale

  • Élaboration de l’approche standard

Gestionnaires des compagnies d’assurance

  • Modèles internes intégrés dans la gestion des risques et utilisés pour la prise de décisions

  • Approuvés indépendamment

  • S’assurent que les modèles internes et leurs résultats sont vérifiables, compréhensibles, etc.

  • Informations connexes complètes et appropriées

Vérificateurs

  • Vérifient le respect des exigences financières de solvabilité

  • S’assurent que l’information demandée est complète et appropriée

Actuaires

  • Conseils et normes appropriés sont disponibles

  • Conseils et normes de la profession et des autorités de contrôle sont suivis

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Au début, on pourra établir l’ACR en additionnant l’actif prévu requis (APR) et un coussin de solvabilité. L’APR est l’actif dont la compagnie d’assurance devrait avoir besoin pour s’acquitter de ses obligations. On peut l’établir en soustrayant du montant du passif des polices établi selon les PCGR canadiens le montant de la provision pour écarts défavorables (PÉD) explicite, et le coussin de solvabilité en faisant la somme de cette PÉD et du capital requis de la formule de capital. Avec le temps, on pourra mettre en œuvre progressivement des méthodes plus modernes d’évaluation du risque dans le coussin de solvabilité. L’APR représente une approximation du nouveau passif calculé selon les IFRS sans les marges de risque.

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Note de bas de page 2

Sous réserve du territoire et du contrat en cause, des obligations implicites peuvent avoir force obligatoire en raison du libellé du contrat, des pratiques passées de la compagnie d’assurance et (ou) de l’information fournie aux souscripteurs.

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