Présentation portant sur les projections de la mortalité des programmes de sécurité sociale au Canada, à l’occasion du Symposium international Living to 100 de la SOA. Session générale IV, Orlando, Floride, le 5 janvier 2017

Bonjour. Je m’appelle Annie St-Jacques et je suis actuaire pour le Bureau de l’actuaire en chef du Canada. Je suis heureuse d’être ici aujourd’hui en compagnie de Jean-Claude Ménard, qui est l’actuaire en chef du Régime de pensions du Canada (le RPC), du programme de la Sécurité de la vieillesse et des régimes de retraite du secteur public fédéral.

Aperçu de la présentation (diapo 2)

Voici un bref aperçu de la présentation d’aujourd’hui. Je vais commencer par vous expliquer comment nous avons établi nos projections de mortalité de la population pour le dernier Rapport actuariel du Régime de pensions du Canada. Pour construire nos hypothèses, nous examinons le passé, puis nous estimons les tendances qui devraient se maintenir, avant d’étudier les nouvelles tendances. Par la suite, je laisserai la place à Jean-Claude, qui fera une comparaison des taux de mortalité au Canada et aux États-Unis. Il va aussi vous donner la probabilité de vivre plus de 80 ans, plus de 90 ans et plus de 100 ans. Il va même vous donner des exemples de ce qu’il faut, mathématiquement, pour avoir une espérance de vie de 100 ans à la naissance, et il terminera son exposé en vous parlant de la viabilité financière à long terme du RPC.

Espérance de vie à la naissance et à 65 ans (diapo 3)

Cette diapositive indique l’espérance de vie à la naissance et à 65 ans, sans améliorations futures. Les espérances de vie à la naissance sont représentées par les deux droites de la partie supérieure du graphique et sont lues sur l’axe de gauche. L’espérance de vie à la naissance a constamment augmenté depuis le début du XXe siècle. Toutefois, nous observons un aplatissement de la pente. Au cours de la première moitié du XXe siècle, l’espérance de vie des hommes à la naissance a progressé de 19 ans, soit un taux d’augmentation moyen d’environ 4 ans par décennie. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, elle a augmenté de 10 ans, soit un taux d’augmentation moyen de 2 ans par décennie.

Inversement, dans le cas des espérances de vie à 65 ans, représentées par les deux droites de la partie inférieure du graphique et lues sur l’axe de droite, leur croissance, quoique significative, est relativement récente, surtout chez les hommes. De 1945 à 1975, l’espérance de vie des hommes à 65 ans a été très stable (de 13 à 14 ans), alors qu’elle s’est accrue de 5 ans depuis 1975. Chez les femmes, la hausse soutenue s’est amorcée dans les années 1950.

L’écart de l’espérance de vie entre les hommes et les femmes s’est creusé entre 1920 et 1980, mais, depuis lors, il a commencé à se rétrécir.

La contribution des plus de 65 ans à l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance s’est accrue progressivement – le cas des hommes (diapo 4)

Nous venons tout juste d’évoquer le ralentissement du taux d’augmentation des espérances de vie à la naissance entre la première et la seconde moitié du XXe siècle, et d’indiquer que, dans le cas des espérances de vie à 65 ans, la croissance était plus récente. Ce tableau donne plus de détails sur la variation de l’espérance de vie au cours des 80 dernières années, selon des tranches de 20 ans. Il indique l’augmentation totale de l’espérance de vie des hommes pour chaque tranche de 20 ans et à quel groupe d’âges cette variation correspond. Nous voyons que la proportion de l’augmentation qui est attribuable à la baisse des taux de mortalité des 65 ans ou plus gagne en importance au fil des ans. Au cours de la dernière période de 20 ans, soit de 1991 à 2011, la réduction des taux de mortalité des 65 ans ou plus explique 58 % des gains d’espérance de vie des hommes, et cette tendance devrait se poursuivre.

La contribution des plus de 65 ans à l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance s’est accrue progressivement – le cas des femmes (diapo 5)

Nous observons la même tendance chez les femmes. La proportion de l’augmentation de l’espérance de vie qui est due à la baisse des taux de mortalité des 65 ans ou plus est encore plus forte, soit 65 % pour la tranche de 20 ans comprise entre 1991 et 2011.

L’espérance de vie est tributaire du niveau de revenu et de l’état civil (diapo 6)

Nous sommes certains que le mode de vie influe sur l’espérance de vie, peut-être même encore plus que la génétique, mais nous ne disposons pas de données nous permettant d’en quantifier l’impact. Il en est de même de l’amélioration des technologies médicales. Toutefois, grâce aux données statistiques que nous avons sur les bénéficiaires de la Sécurité de la vieillesse, nous sommes en mesure de quantifier l’impact de certains facteurs socio-économiques, comme le niveau de revenu et l’état civil.

Au Canada, le programme de la Sécurité de la vieillesse couvre l’ensemble de la population. Une étude de mortalité du programme a révélé que les bénéficiaires mariés avaient tendance à vivre plus longtemps que la population générale, alors que les bénéficiaires célibataires avaient une espérance de vie plus courte, et cet écart, significatif, est de 2,4 ans chez les hommes. Cette même étude indique que les bénéficiaires à haut revenu (c’est-à-dire ceux qui n’ont pas droit au Supplément de revenu garanti) ont une espérance de vie plus grande que celle de la population générale. Cet état de choses peut s’expliquer par le lien existant entre un niveau de revenu supérieur et une meilleure qualité de vie et une meilleure santé.

À gauche, vous avez l’information sur l’impact de l’état civil, et à droite, sur l’impact du niveau de revenu. Maintenant, si nous regroupons ces informations, quel est selon vous l’impact global? Qui vit plus longtemps? Un homme marié bénéficiaire du Supplément de revenu garanti ou un homme célibataire qui a un haut revenu (qui n’a pas droit au Supplément de revenu garanti)? Chez les hommes, il semble que l’état civil ait une incidence plus grande que le niveau de revenu. Les hommes mariés bénéficiaires du Supplément vivent presqu’une année de plus que les célibataires qui n’ont pas droit au Supplément. À 65 ans, l’espérance de vie résiduelle d’un homme célibataire qui n’a pas droit au Supplément de revenu garanti est de 17,7 ans, alors qu’il est de 18,6 ans pour un homme marié bénéficiaire du Supplément. Chez les femmes, l’état civil a la même importance que le revenu. Autrement dit, leurs effets s’annulent presque. À 65 ans, l’espérance de vie résiduelle d’une femme célibataire qui n’a pas droit au Supplément de revenu garanti est de 21,8 ans, alors qu’il est de 21,4 ans pour une femme mariée bénéficiaire du Supplément.

Les améliorations de la mortalité par cardiopathies ont été significatives ces 15 dernières années (diapo 7)

Si nous examinons les taux de mortalité des hommes et des femmes de plus de 65 ans en fonction des causes de décès, nous remarquons que les augmentations importantes de l’espérance de vue des Canadiens, observées au cours des dernières décennies, peuvent s’expliquer en grande partie par les améliorations de la mortalité par cardiopathies. De fait, ces taux se sont améliorés de près de 4 % par année.

Le cancer est aujourd’hui la cause qui présente le plus fort taux de mortalité. On espère que les réductions de la mortalité par cancer deviendront un facteur important dans l’avenir.

Taux annuels moyens d’amélioration de la mortalité des bénéficiaires du RPC et de la SV (diapo 8)

Lorsque nous avons établi l’hypothèse pour le dernier Rapport actuariel du RPC, les données de la base de données sur la mortalité étaient disponibles jusqu’à l’année 2011. Toutefois, grâce aux données statistiques que nous détenons sur les bénéficiaires de la Sécurité de la vieillesse et du RPC, nous avons été en mesure d’analyser les dernières tendances. Comme le montrent ces graphiques, les taux annuels moyens d’amélioration de la mortalité des hommes appartenant aux groupes des 65 à 74 ans et des 75 à 89 ans ont été plus bas au cours de la dernière période de 5 ans comprise entre 2010 et 2015. Les taux annuels moyens d’amélioration de la mortalité des hommes de 65 à 74 ans bénéficiaires du RPC et de la SV (partie supérieure de la diapositive) ont graduellement diminué au cours des trois dernières périodes de 5 ans. Chez les 75 à 79 ans (partie inférieure de la diapositive), les taux d’amélioration de la mortalité des hommes ont progressé entre 2000-2005 et 2005-2010, puis reculé au cours de la période suivante. Même si la diapositive ne l’indique pas, pour chacun de ces deux groupes d’âges, les taux annuels d’amélioration de la mortalité des femmes ont généralement été plus stables et plus faibles que ceux des hommes. Toutefois, on note une baisse de ces taux de 2005-2010 à 2010-2015.

Les taux ultimes d’amélioration de la mortalité sont parfois basés sur des moyennes historiques (diapo 9)

Même si nous pouvons faire une estimation raisonnée de l’évolution à court terme des taux de mortalité, comment arrive-t-on à formuler une hypothèse sur les taux ultimes d’amélioration? Si nous nous limitons au passé, nous constatons qu’au cours des 90 dernières années (puisqu’il s’agit de projections à très long terme, nous avons considéré la plus longue période disponible), les taux moyens d’amélioration de la mortalité au Canada se sont établis à 0,9 % par année chez les 65 ans ou plus et à 0,6 % par année chez les 85 ans ou plus.

Les estimations des taux d’amélioration de la mortalité des 65 ans ou plus pour 2012-2014 tiennent compte des résultats de la SV (diapo 10)

Ici figurent les taux annuels moyens d’amélioration de la mortalité des 65 à 74 ans; ils sont en bleu dans le cas des hommes et en rouge dans le cas des femmes. Nous voyons une fraction des données historiques et la projection. Comme nous l’avons vu, sur le court terme, 2012-2014, nous avons pris en considération les tendances à la baisse des taux d’amélioration de la mortalité des bénéficiaires de la Sécurité de la vieillesse. Le taux ultime prévu pour 2032 est de 0,8 % tant pour les hommes que pour les femmes. Il se fonde sur l’analyse des dernières tendances observées au Canada, mais aussi sur une appréciation de la mesure dans laquelle la mortalité peut s’améliorer dans l’avenir, au moyen d’une analyse des vecteurs possibles d’amélioration future de la mortalité. Pour la période de convergence, comprise entre 2015 et 2031, les taux suivent une fonction cubique basée sur le modèle de projection CMI (CMI veut dire Continuous Mortality Investigation).

Taux d’amélioration de la mortalité des hommes, moyenne sur 15 ans (diapo 11)

Une carte thermique est utile pour analyser les tendances dans les taux d’amélioration de la mortalité, et cette analyse porte habituellement sur des taux lissés. Quels que soient le sexe, l’âge et l’année, les taux d’amélioration de la mortalité peuvent être considérés comme une combinaison d’âges, d’années, et de composantes ou d’effets de génération. Les effets d’âge sont représentés sur ces graphiques par des bandes ou configurations horizontales, les effets d’année par des configurations verticales, et les effets de génération par des configurations diagonales.

Voici la carte thermique historique pour les hommes au Canada. Il s’agit de la moyenne historique mobile sur 15 ans basée sur les données de la Base de données sur la longévité canadienne et calculée pour tous les âges et pour plusieurs décennies passées. Le rouge représente de fortes améliorations (entre 4 % et 4,5 %); l’orange représente des améliorations plus faibles, dans la fourchette suivante de 0,5 %. Vient ensuite le jaune, suivi de deux tons de vert, du bleu, etc.

Comme on peut le voir, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, les taux de mortalité chez les jeunes hommes ont augmenté de façon significative (point mauve). Nous pensons que cela résulte de la hausse des décès accidentels attribuables en particulier à une conduite automobile dangereuse. On constate que les taux de mortalité des hommes entre la fin de la vingtaine et le début de la quarantaine se sont détériorés au milieu des années 1990 à cause du SIDA. L’effet de génération chez les hommes nés autour des années 1930 et 1940 est un autre phénomène intéressant que nous montre ce graphique. Ces générations ont enregistré des taux d’amélioration de la mortalité supérieurs à ceux des générations précédentes ou suivantes.

La partie à droite de la droite pointillée représente notre projection des taux d’amélioration de la mortalité. La zone orange pâle, comprise entre les âges 65 ans et 75 ans, se résorbe maintenant au profit de la zone jaune.

Taux d’amélioration de la mortalité des femmes, moyenne sur 15 ans (diapo 12)

On constate un effet d’année calendrier important chez les femmes canadiennes âgées de moins de 45 ans dans les années 1950 et le début des années 1960, avec des taux d’amélioration de la mortalité supérieurs à 5 % par année. On estime que cela est dû à la réduction des décès liés à l’accouchement. Les taux récents d’amélioration sont plus modérés.

Je laisse maintenant la place à Jean-Claude.

Chez les 65 à 74 ans, le cancer cause 7 décès pour 1 000 et les cardiopathies, seulement 3 pour 1 000 (diapo 13)

Dans les prochaines diapositives, je vais comparer l’évolution des taux de mortalité par groupes d’âges entre les Canadiens et les Américains, en insistant sur la situation au Canada. Les chiffres aux États-Unis sont basés sur le 2015 OASDI Trustees Report.

Chez les 65 à 74 ans, la récente baisse de 52 % des taux de mortalité au cours des 40 dernières années a été beaucoup plus importante que celle de 22 % qui a marqué les 40 années précédentes. Cela s’explique du fait que, alors que les taux de mortalité des femmes ont progressivement diminué, ceux des hommes de ce groupe ont reculé beaucoup plus rapidement ces deux dernières décennies qu’au cours des décennies précédentes. Une nouvelle réduction de 40 % est prévue. Dans ce groupe d’âge, le cancer est à l’origine de la grande majorité des décès. La mortalité actuelle est inférieure de 22 % à celle observée aux États-Unis en raison principalement du moins grand nombre de décès et par cardiopathies et par maladies des voies respiratoires inférieures.

Les taux de mortalité projetés des hommes au Canada deviendront semblables à ceux des femmes aux États-Unis pour les 75 à 84 ans (diapo 14)

La tendance et l’ampleur de la réduction de la mortalité chez les 75 à 84 ans sont similaires à celles des 65 à 74 ans. La mortalité actuelle est inférieure de 17 % à celle observée aux États-Unis, surtout en raison du moins grand nombre de décès attribuables aux cardiopathies et aux maladies des voies respiratoires inférieures. La chute marquée des taux de mortalité par âge est un autre facteur de vieillissement de la population. Chez les 75 à 84 ans, les taux de mortalité n’ont cessé de reculer au cours des 80 dernières années. La réduction a atteint près de 45 % au cours des 40 dernières années contre seulement 22 % au cours de la précédente période de 40 ans. Une nouvelle réduction de 39 % est prévue. On prévoit que les taux de mortalité des hommes au Canada deviendront semblables à ceux des femmes aux États-Unis.

Les taux de mortalité des aînés ont baissé depuis 80 ans, et plus encore plus au cours des 10 dernières années (diapo 15)

Avant 1999, les taux de mortalité des 85 à 89 ans aux États-Unis et au Canada étaient fort similaires. Toutefois, depuis lors, ils ont baissé plus rapidement au Canada qu’aux États-Unis. La réduction au cours de cette décennie a été de 22 %. À l’heure actuelle, les taux au Canada sont inférieurs de 10 % à ceux des États-Unis, surtout à cause du moins grand nombre de décès attribuables aux cardiopathies et à la maladie d’Alzheimer. Une nouvelle diminution de 35 % d’ici 2051 est prévue.

Les trois quarts des hommes canadiens qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre jusqu’à 80 ans (82 % des femmes) (diapo 16)

Alors, quelles sont nos chances de vivre jusqu’à un âge avancé? Cette diapositive indique la probabilité de vivre jusqu’à 80 ans à partir d’un âge donné, en 2015, au Canada (en rouge), en Suisse (en noir), au Royaume-Uni (en bleu) et aux États-Unis (en vert). Il est intéressant d’examiner la forme des courbes, qui sera encore plus prononcée à la diapositive suivante, où l’on montre la probabilité de vivre jusqu’à 90 ans. La probabilité est un peu plus élevée aux jeunes âges en raison de la baisse prévue des taux de mortalité. En revanche, aux âges plus avancés, la probabilité de vivre jusqu’à 80 ans augmente puisque l’on ne tient compte que des personnes qui ont déjà atteint un âge avancé. Comme on peut le constater, pour ces quatre pays et quel que soit l’âge, les chances de survivre jusqu’à 80 ans sont assez fortes. Par exemple, d’après les projections du 27e Rapport actuariel du RPC, 75 % des hommes et 82 % des femmes au Canada qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre au moins jusqu’à 80 ans.

Près de la moitié des hommes canadiens qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre jusqu’à 90 ans (58 % des femmes) (diapo 17)

La possibilité de vivre jusqu’à 90 ans en moyenne est aussi une perspective des plus réalistes. Cette diapositive illustre la probabilité de survivre jusqu’à 90 ans à partir d’un âge donné, en 2015, au Canada, au Royaume-Uni, en Suisse et aux États-Unis.

D’après les projections du 27e Rapport actuariel du RPC, au Canada, près de la moitié des hommes et 60 % des femmes qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre au moins jusqu’à 90 ans.

8 % des hommes canadiens qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre jusqu’à 100 ans (14 % des femmes) (diapo 18)

Maintenant… pouvons-nous vivre au-delà de 100 ans? Selon les projections du 27e Rapport actuariel du RPC, au Canada, 8 % des hommes et 14 % des femmes qui ont 20 ans aujourd’hui devraient vivre jusqu’à 100 ans. Le Royaume-Uni est celui des quatre pays où la probabilité de vivre jusqu’à 100 ans est la plus élevée à tous les âges compris entre 0 et 85 ans, en raison de l’hypothèse de taux supérieurs d’amélioration de la mortalité.

Incertitude des résultats : Espérance de vie à 65 ans si les taux d’amélioration de la mortalité selon la cause sont maintenus (diapo 19)

Y en a-t-il qui croient que les hommes finiront par vivre plus longtemps que les femmes dans l’avenir? Les projections des taux de mortalité futurs sont très incertaines. À ce titre, il est utile d’analyser d’autres scénarios. Ce graphique indique les espérances de vie à 65 ans suivant un scénario selon lequel les taux annuels d’amélioration de la mortalité des 15 dernières années (1998-2012) selon la cause sont supposés rester constants pendant toute la période de projection.

Par l’effet des récents taux plus élevés d’amélioration de la mortalité chez les hommes, surtout en ce qui concerne les décès dus au cancer, ce scénario entraîne un rétrécissement de l’écart entre l’espérance de vie à 65 ans des hommes et des femmes et, à terme, donne lieu à une espérance de vie des hommes supérieure à celle des femmes à compter de 2043. En 2075, l’espérance de vie des hommes excéderait de 1,6 an celle des femmes. Cette situation est des plus inusitées. Ce scénario nous rappelle que choisir des hypothèses sur la seule base de données récentes peut produire des résultats inattendus.

Je tiens à souligner que, même si l’augmentation de l’espérance de vie est assez importante selon ce scénario, les gens ne dépasseront pas l’âge de 100 ans en moyenne. Les hommes auraient une espérance de vie à 65 ans de 30 ans, ce qui les porterait à 95 ans; il leur manquerait donc encore 5 ans.

Incertitude des résultats : Espérance de vie à 65 ans si la mortalité par cancer est enrayée (diapo 20)

Un autre scénario consisterait à éliminer graduellement la mortalité par cancer au cours des 75 prochaines années. Ce scénario est peu réaliste mais a pour but de montrer que, même dans un monde idéal, les gens ne dépasseront pas l’âge de 100 ans en moyenne. Les hommes et les femmes vivraient environ 2 années de plus.

Courbes de survie pour une espérance de vie de 100 ans chez les hommes (diapo 21)

Quels devraient être les taux de mortalité pour que l’espérance de vie à la naissance des Canadiens soit de 100 ans? Nous avons étudié quelques possibilités. Ce graphique compare la courbe de survie actuelle à deux autres. Selon le premier scénario, les taux de mortalité actuels à chaque âge sont réduits de 84 % (courbe en pointillé en bleu). Selon le deuxième scénario, la durée de vie maximale est portée à 140 ans (courbe en rouge) et les taux de mortalité actuels sont redistribués entre 0 et 140 ans. La troisième possibilité est très simple et suppose que personne ne meurt avant l’âge de 97 ans, après quoi les taux de mortalité actuels s’appliquent.

Pour vivre au-delà de 100 ans… (diapo 22)

Si nous voulons vivre dès aujourd’hui jusqu’à 100 ans, il nous faudra soit abaisser fortement les taux de mortalité actuels, soit allonger notre durée de vie. Nous pensons que ni l’une ni l’autre de ces avenues ne sont probables. Pour ce qui est d’allonger la durée de vie, un article paru dans Nature Journal of Science en octobre dernier soutient que la durée de vie maximale de l’humain est fixe et soumise à des contraintes naturelles. L’âge maximal déclaré au décès est généralement fixé à 122 ans, soit l’âge du décès de Jeanne Calment, qui est toujours à ce jour la personne ayant vécu le plus longtemps, que l’on sache.

Selon nos taux d’amélioration prévus de la mortalité, si les taux de mortalité diminuaient au même rythme qu’au cours des 15 dernières années, l’espérance de vie à la naissance n’atteindrait 100 ans qu’après 2200. Et s’ils diminuaient deux fois plus vite qu’au cours des 15 dernières années, l’espérance de vie à la naissance atteindrait 100 ans dans un siècle environ.

Alors, quel impact l’allongement de la longévité aura-t­-il sur le RPC? (diapo 23)

Alors, pourquoi se préoccuper de l’espérance de vie lorsqu’il est question du RPC? La raison réside dans l’incertitude inhérente aux projections de mortalité.

En tenant compte de l’amélioration future de la mortalité, l’espérance de vie à 65 ans, en 2016, est de 21,3 ans pour les hommes et de 23,7 ans pour les femmes. Mais, en 2050, cette même mesure est de 23,3 ans pour les hommes et de 25,6 ans pour les femmes, ce qui veut dire que, selon nos hypothèses d’améliorations futures des taux de mortalité, un nouveau bénéficiaire du RPC âgé de 65 ans en 2050 peut s’attendre à toucher sa pension pendant environ deux années de plus qu’un bénéficiaire en 2016. Le hic, c’est que l’incertitude relative aux améliorations futures de la mortalité est très forte.

Des scénarios à coût bas et à coût élevé sont présentés ici. Selon le scénario à coût bas, la mortalité est supposée s’améliorer à un rythme plus lent que prévu. Les taux d’amélioration de la mortalité diminuent progressivement, pour atteindre une valeur ultime de 0 % en 2032 au lieu de 0,8 %. Ce scénario se traduirait par des espérances de vie qui auraient 2,4 années de moins par rapport à la meilleure estimation. Le taux de cotisation minimal du RPC baisserait de 0,3 point de pourcentage, passant de 9,79 % à 9,46 %. Selon le scénario à coût élevé, la mortalité est supposée s’améliorer plus vite que prévu. La valeur ultime du taux d’amélioration de la mortalité est le double de celle fondée sur la meilleure estimation, et s’établit à 1,6 %. Ce scénario se traduirait par des espérances de vie qui auraient 2,5 années de plus par rapport à la meilleure estimation. Et le taux de cotisation minimal augmenterait, pour s’établir à 10,10 %.

En l’absence de toute hypothèse d’améliorations futures de la mortalité après 2011, les espérances de vie prévues se maintiendraient à leur valeur pour l’année civile 2011 pour toutes les années suivantes, et le taux de cotisation minimal reculerait à 8,99 %. L’écart de 0,8 % par rapport au taux de cotisation minimal représente le coût d’amélioration de la longévité.

Conclusion (diapo 24)

En conclusion :

  • Au cours des 20 prochaines années de projection, 69 % de l’augmentation de l’espérance de vie des hommes à la naissance sera attribuable à la réduction des taux de mortalité après l’âge de 65 ans. Chez les femmes, cette proportion sera de 76 %.
  • La projection des taux de mortalité est un exercice difficile et très incertain, surtout chez les plus de 90 ans.
  • Malgré l’allongement de la longévité des Canadiens, le RPC devrait être viable à long terme, selon le dernier Rapport actuariel soumis au Parlement le 27 septembre 2016.

Je vous remercie. Je serai heureux de répondre à vos questions.