Risque et résilience : se préparer à l’inattendu — Communication de Jamey Hubbs, surintendant auxiliaire à la conférence annuelle de Risk Canada, Toronto (Ontario), le 8 juin 2017

Extrait

Les risques émergents et les éléments à l’origine de perturbations et de chocs touchant le système financier ne sont pas toujours faciles à recenser, mais si les moyens de contrôle et la fonction de gestion du risque au sein des institutions sont solides et que celles-ci ont constitué de bonnes réserves pour absorber les chocs de fonds propres et de liquidités, leur capacité à faire face à de tels événements s’en trouvera grandement améliorée.

Introduction

Je remercie les organisateurs de Risk Canada de m’avoir invité à participer à l’ouverture de cette deuxième conférence annuelle sur la gestion du risque.

Le risque fait partie intégrante de la prestation de services financiers, et tout le monde ici sait que les risques changent au fil du temps. Ils changent au fur et à mesure que les institutions progressent, que les économies évoluent et que l’environnement opérationnel se transforme. Dans ce secteur, la volatilité est un état naturel et se préparer à l’inattendu est un processus permanent.

Les institutions financières sont confrontées à un certain nombre de risques nouveaux et émergents – l’endettement record des consommateurs, la faiblesse sans précédent des taux d’intérêt, les menaces informatiques, les incertitudes du marché immobilier, les tensions géopolitiques, entre autres. Cela étant, il est de plus en plus important pour les institutions financières de démontrer qu’elles ont mis en place les moyens de contrôle nécessaires pour gérer l’imprévu et qu’elles ont constitué de bonnes réserves pour être en mesure d’absorber des chocs de fonds propres et de liquidité en diverses situations de crise.

Ce matin, j’aimerais vous parler de la façon dont le BSIF évalue la réaction des institutions financières fédérales face aux risques émergents, puis faire le point sur certains des travaux effectués dans les domaines des fonds propres et de la liquidité pour renforcer davantage la sûreté et la solidité du système financier canadien.

Rôle du BSIF

Le BSIF consacre une grande partie de ses efforts à la mise en œuvre de son mandat principal afin de renforcer la confiance du public dans le système financier canadien. Pour ce faire, nous élaborons des consignes sur la gestion et l’atténuation du risque, nous évaluons la sûreté et la solidité des institutions financières et nous intervenons rapidement lorsque des mesures correctives s’imposent.

Notre rôle, à titre de l’organisme de réglementation prudentielle canadien, exige constamment que nous trouvions le juste milieu entre, d’une part, limiter la prise de risques excessifs, et de l’autre, permettre aux institutions financières de prendre des risques raisonnables et pouvoir se mesurer à la concurrence, aussi bien au Canada qu’à l’étranger.

Évaluation de la réaction des institutions financières fédérales face aux risques émergents

Dans le cadre de notre mandat, nous repérons et évaluons les faits nouveaux systémiques ou sectoriels qui pourraient nuire à la situation financière des institutions financières fédérales.

Lorsque nous examinons les risques émergents, nous commençons par surveiller le marché du secteur financier que nous réglementons et les marchés et les industries auxquels les institutions financières canadiennes sont les plus exposées, de même que l'économie générale à l'extérieur de ces marchés et secteurs.

Dans le cadre de nos travaux de surveillance, nous recueillons des données financières et analytiques auprès d’un certain nombre de sources, dont les institutions elles‑mêmes, nos partenaires de la réglementation au sein du secteur public, ainsi que d’autres régulateurs et organismes internationaux. L’étendue des données recueillies donne à nos surveillants et nos spécialistes du risque une perspective intersectorielle unique et relativement large leur permettant d’analyser et de recenser les risques potentiels susceptibles d’avoir une incidence importante sur les institutions financières canadiennes.

Lorsque nous repérons un nouveau risque, nous déterminons de quelle façon, précisément, les institutions financières que nous réglementons y sont vulnérables.

Pour ce faire, nous examinons, par exemple :

  • les différents types d’expositions directes et indirectes;
  • les changements possibles dans la nature des expositions;
  • l’importance des expositions par rapport aux niveaux antérieurs;
  • si les pratiques ou les produits, nouveaux ou en évolution, rendent les institutions plus vulnérables;
  • si le risque en question menace un secteur ou une institution en particulier ou s’il est plutôt systémique.

Ensuite, nous examinons comment les institutions donnent suite à ces risques et nous nous posons des questions telles que :

  • Sont-elles conscientes de l’importance de leurs expositions, et respectent‑elles la déclaration de la propension à prendre des risques que leur conseil d’administration a approuvée?
  • Y a-t-il en place des limites et des contrôles adéquats?
  • Ont-elles procédé à des simulations de crise ou appliqué d’autres méthodes pour quantifier le risque potentiel?
  • Y a-t-il en place des niveaux adéquats de fonds propres et de liquidités d’urgence?

Bien entendu, les institutions financières sont en première ligne et les mieux outillées pour faire face à ces risques, mais c’est notre travail de déterminer l’efficacité de leurs fonctions de contrôle et de veiller à ce que ces contrôles correspondent adéquatement aux risques.

Ainsi, lorsque, par exemple, le prix du pétrole a commencé à chuter en 2014, nous avons surveillé de très près la réaction des institutions. Nous avons constaté qu’elles contrôlaient leurs expositions directes et indirectes, qu’elles soumettaient à des simulations de crise leurs portefeuilles exposés, et qu’elles faisaient preuve de prudence dans la souscription et la gestion de prêts.

C’est le type de réaction auquel nous nous attendons en matière de gestion du risque, et les réactions face à l’émergence du risque sont généralement adéquates – ce qui n’exige guère d’intervention de notre part, à part un certain contrôle.

Toutefois, nous relevons parfois des tendances ou des variations communes dans le degré de vulnérabilité de l’ensemble du secteur, qui ne sont pas toujours visibles pour les institutions.

Si nous découvrons un risque généralisé, ou même un seul risque menaçant certaines institutions, nous intervenons. Nous pouvons soit prendre une mesure réglementaire – par le biais d’une lettre ou la révision de nos consignes –, soit prendre une mesure prudentielle ciblée – au moyen de recommandations prudentielles spécifiques aux institutions, d’un changement de la cote de risque ou d’un examen intersectoriel général.

Pour ce qui est de notre structure de gestion des risques émergents, nos groupes de surveillants et de spécialistes du risque travaillent ensemble afin d’exercer un contrôle étroit en la matière. Nous avons également en place la Division des risques, de la surveillance et de l’analyse, qui compile l’information et coordonne l’analyse des risques émergents.

Nous cherchons par tous les moyens de nous autodiscipliner, en nous concentrant sur ce qui pourrait se produire. Les risques émergents et les éléments à l’origine de perturbations et de chocs touchant le système financier ne sont pas toujours faciles à recenser, mais si les moyens de contrôle et la fonction de gestion du risque au sein des institutions sont solides et que celles-ci ont constitué de bonnes réserves pour absorber les chocs de fonds propres et de liquidités, leur capacité à faire face à de tels événements s’en trouvera grandement améliorée.

J’aimerais donc parler maintenant de certains des travaux en cours dans le domaine des fonds propres et de la liquidité.

Fonds propres et liquidité

Il est essentiel de bien comprendre la position en capital et en liquidité d’une institution financière pour pouvoir apprécier les risques qu’elle prend – et, par-delà, pour trouver la meilleure façon, pour elle et pour les organismes de réglementation, d’atténuer ces risques.

La crise financière mondiale a démontré à quel point le manque de fonds propres ou de liquidité pouvait être source d’instabilité.

Malgré la relative stabilité du système financier canadien pendant la crise financière, nous savons que la prochaine crise ne sera pas identique à ce scénario. Et le succès du régime canadien, il y a près de dix ans, n’est pas gage de succès futur. Cela étant, nous continuerons d’améliorer nos normes de fonds propres et de liquidité pour que les institutions soient mieux à même de faire face à diverses situations de crise.

Normes de fonds propres

L’une des plus importantes fonctions du BSIF consiste à préserver l’efficacité et l’actualité du régime de fonds propres au Canada. Lorsque le BSIF entreprend de modifier ou d’améliorer son régime de fonds propres, son principal objectif est toujours d’en renforcer la sûreté et la solidité, et non de cibler une augmentation ou une diminution du niveau des fonds propres. La proportionnalité, et une stratégie axée sur le risque, formeront toujours le prisme à travers lequel nous examinerons nos normes de fonds propres.

En ce qui a trait à la conception du régime de fonds propres au Canada, nous avons adopté une stratégie consistant à mettre en place les accords internationaux – comme ceux conclus par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire –, en tenant compte du contexte canadien, du fardeau éventuel de la réglementation et de l’importance  d’assurer des conditions équitables.

Jusqu’à récemment, le Comité de Bâle s’employait à mener à terme le programme international de réforme bancaire d’après-crise, connu sous le nom de Bâle III. Le BSIF souhaite que le Comité de Bâle en arrive bientôt à une entente que tous les pays membres soutiendront, mais s’il devient manifeste que le processus est suspendu indéfiniment, il s’emploiera à régler les questions en suspens de Bâle III et dressera un plan qui convient au Canada.

Pour ce qui est de ce plan, qui sera particulier au Canada, la principale priorité du BSIF serait de rendre le régime actuel de fonds propres plus sensible aux risques en établissant une relation plus étroite entre les coefficients de pondération des risques et les risques correspondants.

Plus précisément, le BSIF s’emploiera à :

  • Régler les problèmes du cadre actuel normalisé de pondération des risques qu’appliquent les petites banques canadiennes, en prêtant une attention particulière aux circonstances dans lesquelles les actifs qui présentent des risques différents se voient attribuer le même coefficient de pondération.
  • Examiner la diversité des coefficients de pondération des risques qu’appliquent les grandes banques canadiennes qui utilisent l’approche fondée sur les notations internes.

Le BSIF est également en train d’élaborer un plan clair sur la façon dont les institutions canadiennes devraient mettre en place des réserves de fonds propres. À l’heure actuelle, ce plan consiste à étudier l’objectif de ces réserves et à formuler nos attentes relatives à la manière dont nos partenaires de la réglementation et les institutions financières les mettraient en place.

Nous espérons que ces travaux permettront de mieux comprendre l’objectif que nous poursuivons en imposant la constitution de ces réserves, et qu’ils renforceront la réaction globale du système face au risque de ralentissement économique. Notre objectif est de définir un cadre qui encourage les institutions à utiliser leurs réserves de fonds propres comme première étape normale du processus de recapitalisation. Une partie de notre travail consistera à veiller à ce que les banques, les organismes de réglementation et les participants du marché comprennent bien nos attentes relatives à l’utilisation des réserves de fonds propres.

Normes de liquidité

À l’exemple des normes de fonds propres, les normes de liquidité ont pour but de rendre les institutions mieux à même de faire face aux situations de crise plutôt qu’à l’environnement opérationnel normal.

Dès l’émergence des problèmes de liquidité qui ont marqué la crise financière, de nombreuses institutions, malgré leur niveau adéquat de fonds propres, éprouvaient des difficultés parce qu’elles ne géraient pas prudemment leur liquidité. La crise a fait ressortir l’importance de la liquidité au bon fonctionnement du secteur et des marchés financiers.

Depuis la crise, le Comité de Bâle a renforcé son cadre de liquidité en élaborant deux normes minimales de financement et de liquidité, qui ont pour but d’atteindre deux objectifs distincts, mais complémentaires.

Le premier objectif – que cherche à atteindre le ratio de liquidité à court terme ou LCR – est de favoriser la résilience à court terme des institutions face au risque de liquidité, en veillant à ce qu’elles disposent de suffisamment d’actifs liquides de qualité pour survivre à une grave crise durant 30 jours.

Le second objectif – que cherche à atteindre le ratio de liquidité à long terme ou NSFR – est de réduire le risque de financement sur une longue période en obligeant les institutions à financer leurs activités auprès de sources stables afin d’atténuer le risque d’une nouvelle crise de financement.

Le BSIF a mis en place le ratio de liquidité à court terme en 2015 et mettra en œuvre le ratio de liquidité à long terme ultérieurement.

En mars 2017, le BSIF a publié une lettre indiquant son intention de reporter à janvier 2019 la mise en œuvre au Canada du ratio de liquidité à long terme, en raison du retard observé dans sa mise en œuvre sur d’autres marchés étrangers d’importance.

Le BSIF compte toujours intégrer le ratio de liquidité à long terme dans sa ligne directrice Normes de liquidité. Nous estimons qu’il complétera bien les mesures de liquidité à court terme actuellement en place, en mettant l’accent sur une vision de long terme à l’égard de la liquidité et du risque de financement.

Cela dit, le BSIF a déjà adopté une perspective à long terme à l’égard du risque de liquidité, qui va plus loin que l’horizon de 30 jours du ratio de liquidité à court terme, sous forme de flux de trésorerie nets cumulatifs (NCCF) propres au secteur financier canadien. Ce mécanisme, de même que les autres outils de suivi de la liquidité et le ratio de liquidité à long terme, formeront ensemble un dispositif efficace pour évaluer le risque de liquidité des institutions.

Conclusion

Comme je l’ai dit au départ, la gestion du risque et la préparation à l’inattendu forment un processus permanent. Et comme la nature du risque change rapidement, il est de plus en plus important que les institutions financières et les organismes de réglementation fassent preuve d’anticipation et de vigilance.

Le BSIF s’intéresse de près aux risques – actuels et émergents — auxquels sont confrontées les institutions financières canadiennes qu’il réglemente. Et grâce à nos fonctions de réglementation et de surveillance, nous collaborons avec le secteur pour renforcer la sûreté et la solidité du système financier canadien.

Il n’est pas toujours certain que les risques émergents ou les déclencheurs créeront des perturbations et des chocs qui auront ensuite une incidence sur le système financier, mais que ce qui est relativement sûr, c’est que si les moyens de contrôle et la fonction de gestion du risque des institutions sont solides et que celles-ci ont constitué de bonnes réserves pour être en mesure d’absorber des chocs de fonds propres et de liquidités, leur capacité de faire face à de tels événements s’en trouvera grandement améliorée.

Je vous remercie. Je serai heureux de répondre à vos questions.