Bas pour longtemps : les effets de la faiblesse des taux d’intérêt sur les assureurs canadiens — Communication de Neville Henderson, à l’occasion de l’assemblée annuelle de l’American Risk and Insurance Association, Toronto (Ontario), le 8 août 2017

Extrait

"Il est difficile pour le BSIF de s’acquitter de son mandat lorsque les taux d’intérêt sont bas. Il doit à la fois veiller à ce que les sociétés détiennent suffisamment de fonds propres pour protéger leurs souscripteurs et les autres créanciers contre une perte financière importante, et permettre aux sociétés de faire face à la concurrence et de prendre des risques raisonnables."

Introduction

Bonjour et merci pour cette aimable présentation.

J’ai l’honneur d’avoir l’occasion de m’adresser à vous en cette année marquant votre 85e anniversaire. On m’a demandé d’expliquer le point de vue du BSIF sur la faiblesse prolongée des taux d’intérêt et sur ses effets et conséquences sur le secteur des assurances, et de rendre compte de la méthode de surveillance du BSIF.

Le BSIF diffère des nombreux autres organismes de réglementation, en ce sens que ses méthodes reposent sur des principes qui tiennent compte des risques. Étant donné que bon nombre d’entre vous sont de l’extérieur du Canada, je vous parlerai brièvement du mandat et de la méthode de surveillance du BSIF avant de traiter des effets d’avoir des taux d’intérêt bas pour longtemps.

Le BSIF

Le BSIF est un organisme fédéral indépendant qui réglemente et surveille plus de 400 institutions financières et 1 200 régimes de retraite privés fédéraux, afin de déterminer s’ils sont en bonne santé financière et respectent les exigences prudentielles.

Les institutions fédérales comprennent la totalité des banques au Canada et des sociétés de fiducie et de prêt, sociétés d’assurances, associations coopératives de crédit, sociétés de secours mutuel et régimes de retraite privés d’employeur qui ont été constitués ou enregistrés sous le régime des lois fédérales.

Le BSIF ne réglemente pas les questions touchant les consommateurs ni le secteur des valeurs mobilières, qui relèvent de la compétence d’autres organismes fédéraux et provinciaux.

Le BSIF rend des comptes au Parlement par l’entremise du ministre des Finances. Il applique divers processus formels et informels pour assurer l’exécution efficace de son mandat. De plus, il collabore avec ses homologues provinciaux et des acteurs de l’industrie au Canada ou à l’étranger, et les consulte régulièrement, afin de mieux comprendre et résoudre des problèmes éventuels.

Il est essentiel, pour l’économie canadienne, d’avoir un système financier efficace et efficient dans lequel les Canadiens peuvent avoir confiance. Les activités de réglementation et de surveillance du BSIF contribuent largement à la confiance du public dans le système financier canadien.

Les activités du BSIF sont financées à même les droits qu’il impose aux entités réglementées, ce qui lui permet d’avoir un point de vue indépendant des contraintes financières publiques.

Le BSIF a pour mandat de protéger les déposants, les souscripteurs et les créanciers en :

  • formulant des consignes sur la gestion et l’atténuation des risques;
  • évaluant la sûreté et la solidité des institutions financières;
  • intervenant rapidement lorsqu’il doit prendre des mesures correctives.

Par ailleurs, le BSIF participe à la préparation de nouvelles normes de comptabilité, d’actuariat et d’audit, et cela doit s’effectuer en conciliant les objectifs de sécurité et de solidité avec le besoin qu’ont les institutions de prendre des risques raisonnables et d’exercer leurs activités sur un marché concurrentiel.

Pour exercer ses activités de surveillance, le BSIF analyse les tendances financières et économiques en vue de cerner les questions émergentes qui pourraient porter atteinte aux institutions. Il évalue la situation financière des institutions, les risques importants qui pèsent sur elles, de même que la qualité de leurs pratiques de gouvernance, de gestion des risques et de mise en conformité. Lorsque des lacunes sont décelées, le BSIF intervient rapidement et travaille avec les cadres supérieurs, les conseils d’administration et les administrateurs de régimes de retraite afin de corriger la situation.

Même si le BSIF joue un rôle important en matière de supervision, il ne gère pas les opérations des institutions et des régimes de retraite. Ce sont les dirigeants, les conseils d’administration et les fiduciaires qui sont responsables du succès ou de l’échec des institutions et des régimes. La méthode de surveillance du BSIF est axée sur les risques et tient donc compte de la nature, de la taille, de la complexité et du profil de risque des institutions, lesquelles doivent pouvoir prendre des risques raisonnables et se livrer concurrence, tant au pays qu’à l’étranger, tout en protégeant les intérêts des déposants, des souscripteurs, des bénéficiaires et des participants des régimes de retraite. Le BSIF cherche à concilier, d’une part, compétitivité et stabilité financière, et de l’autre, les normes internationales et les réalités du marché canadien.

Même si le mandat du BSIF s’applique à toutes les institutions financières fédérales, je limiterai mes observations au seul secteur des assurances.

Les effets d’avoir des taux d’intérêt bas pour longtemps

La faiblesse persistante des taux d’intérêt en Amérique du Nord a été le résultat de la crise financière de 2008 et du fait que les assureurs ont été touchés bien plus longtemps que prévu. Même si l’on a observé récemment un relèvement des taux des bons du Trésor américain – et, plus récemment, une hausse des taux au Canada – il y a encore des vents contraires économiques qui pourraient entraîner des baisses futures ou éventuellement des taux d'intérêt négatifs. Les taux d’intérêt bas ou négatifs nuisent à la valeur, à la rentabilité et à la solvabilité des assureurs. Ils ont aussi une incidence sur leur stratégie de produit, leurs tarifs, leur gestion du portefeuille de produits et sur leur information financière, leurs pratiques de gestion des placements et l’adéquation de leurs actifs. Les conséquences sont donc très étendues et complexes.

Les banques centrales de nombreux pays développés situés en dehors de l’Amérique du Nord ont maintenu des taux à des niveaux inférieurs à ceux du Canada, et certaines ont même fixé des taux négatifs. Les taux bas ont fait reculer le rendement anticipé des placements à revenu fixe de tous les assureurs et, dans quelques pays développés, ont conduit au redressement de certains assureurs-vie. En outre, le plan britannique de sortie de l’Union européenne a accru l’incertitude économique dans le monde entier.

Même si la situation peut sembler plus stable au Canada, les entreprises ont fait face à des problèmes semblables en ce qui a trait à leurs résultats financiers et à la façon dont elles mènent leurs activités. Les sociétés ont dû augmenter sensiblement les réserves et le capital sur les groupes de polices avec des garanties intégrées ou sur les polices adossées à une forte proportion d’actifs à revenu fixe. Le rendement des capitaux propres a diminué sur les polices en vigueur, bien que d’autres changements en aient légèrement atténué l’impact, comme l’amélioration de la mortalité sur les produits d’assurance-vie, une meilleure gestion des dépenses et une diminution des coûts unitaires en raison de l’activité de fusions et d’acquisitions. Toutefois, les institutions qui ont connu un recul des ventes ou d’autres difficultés d’ordre stratégique avant la crise financière font face à des défis accrus.

Le BSIF surveille trois grandes branches d’assurance : l’assurance-vie, l’assurance hypothécaire et l’assurance de dommages, et les trois branches sont touchées par la faiblesse des taux d’intérêt, quoique de façons et à des degrés bien divers, selon le secteur d’activité, la composition de leur portefeuille de produits, la structure des actifs, etc. La durée de la persistance de la faiblesse des taux d’intérêt a aussi son importance. Une baisse à court terme des taux d’intérêt est gérable, mais si les taux à long terme restent bas, cela entraînera de nombreux changements dans la façon dont les assureurs mènent leurs activités.

Le marché des assurances est très concurrentiel et les sociétés ne réagissent pas à l’unisson face à l’évolution de l’environnement. Leur lenteur de réaction face à un changement est souvent due à la crainte de perdre des clients qui iraient à la concurrence. Au fur et à mesure que les taux d’intérêt diminuent, la prise de décisions stratégiques devient difficile, ce qui peut entraîner des résultats contradictoires. Un relèvement des tarifs avant ceux de la concurrence, par exemple, pourrait sembler rétablir la rentabilité, mais pourrait entraîner la perte importante de nouveaux contrats, ce qui pourrait conduire la société à rater ses objectifs commerciaux, de profit, voire ses objectifs stratégiques à long terme.

La faiblesse prolongée des taux d’intérêt a incité les assureurs à courir après le rendement en se déplaçant sur la courbe des risques. Cette stratégie est acceptable tant que l’entreprise maintient en place des procédures, des politiques et une surveillance efficaces en matière de gestion du risque.

Les taux d’intérêt influent aussi sur le comportement des souscripteurs, des nouveaux acheteurs d’assurance et des investisseurs. Je parlerai des deux premiers groupes lorsque je discuterai des effets sur chaque branche d’assurance.

Les investisseurs ne sont pas mentionnés dans le mandat du BSIF, mais ils constituent une importante source de capital lorsqu’il faut s’en reconstituer. Les faibles taux d’intérêt à long terme diminuent le rendement de l’investissement et, plus longtemps ils restent bas, plus il est probable que les investisseurs recherchent d’autres options plus lucratives, risquant ainsi de compromettre l’accès des assureurs aux capitaux.

Assurance-vie

Les effets des taux d’intérêt sur les produits d’assurance-vie, particulièrement ceux de longue durée avec des primes garanties et des paiements de prestations sont complexes, peuvent être contraires à l’intuition et influent à la fois sur l’actif et le passif au bilan.

La méthode que recommande l’Institut canadien des actuaires pour calculer les réserves est la Méthode canadienne axée sur le bilan. Cette méthode établit un lien entre les flux monétaires du passif et les flux de trésorerie de l’actif sous-jacent, en prévoyant une marge pour écarts défavorables. Il s’agit là d’une excellente façon de constituer des réserves, mais qui peut être difficile à réaliser lorsque les taux d’intérêt sont bas pour longtemps.

L’industrie utilise l’espérance conditionnelle unilatérale (ECU) pour quantifier la valeur attendue de la perte sachant qu’un événement se produit en dehors d’une mesure de probabilité donnée. Dans le cas de l’assurance-vie, les Normes de pratique de l’ICA permettent la constitution d’une réserve de 60 % à 80 %. Le capital, qui est sous la compétence du BSIF, s’aligne sur une ECU à 99 % sur un horizon d’un an, assortie d’une provision terminale.

Étant donné que la durée du passif dépasse souvent celle de l’actif, les sociétés ont élaboré des stratégies de gestion de l’actif-passif pour composer avec le risque de réinvestissement. Or, lorsque les taux d’intérêt tombent à des niveaux bas pendant une longue période, il devient de plus en plus difficile d’appliquer ces stratégies et les assureurs cherchent à obtenir un rendement supérieur à long terme en investissant dans des titres à revenu variable comme les placements privés, les infrastructures, etc. Ces titres ne font pas l’objet d’une notation publique et se voient attribuer des suppléments de fonds propres plus élevés selon les lignes directrices du BSIF sur les fonds propres réglementaires. De plus, il s’agit là d’actifs sur mesure et donc peu liquides. Par conséquent, il se peut que la faiblesse prolongée des taux d’intérêt influe sur le profil de liquidité des assureurs. Jusqu’ici, nous n’avons pas constaté d’augmentation significative dans l’utilisation d’autres actifs à long terme, mais ces actifs suscitent de plus en plus d’intérêt et les incitations augmentent.

L’hypothèse de taux d’intérêt est un déterminant important des tarifs des produits d’assurance-vie et son importance varie directement avec la durée du passif et les garanties de taux d’intérêt intégrées au produit. La faiblesse des taux d’intérêt a donné lieu à des hausses importantes des réserves et du capital des sociétés d’assurance-vie à l’égard des polices en vigueur et elle a obligé les sociétés à diminuer le risque de leur portefeuille de produits en :

  • cessant la vente de produits comportant des garanties intégrées élevées;
  • abaissant l’hypothèse de taux d’intérêt dans les nouveaux produits;
  • réduisant ou éliminant les garanties de taux d’intérêt dans les nouveaux produits;
  • se retirant des branches en difficulté;
  • développant des produits ajustables et participatifs qui transfèrent aux souscripteurs une partie du risque d’investissement, et en offrant des produits de courte durée.

Étant donné que les prestations et les primes de nombreux contrats d’assurance-vie sont garanties, les polices en vigueur offrent une plus grande valeur aux souscripteurs actuels que les nouvelles polices dont le niveau de risque a été diminué, de sorte que le nombre de résiliations est inférieur à ce qui avait été prévu dans la tarification des polices en vigueur, ce qui ronge encore plus les bénéfices du fait que les réserves sont augmentées. Les taux de résiliation plus faibles que prévu ont pour effet positif d’augmenter le revenu de primes, mais pour effet négatif d’augmenter les demandes d’indemnité à un niveau supérieur à ce qui avait été prévu dans la tarification du produit.

La quantification des effets des résiliations est une chose complexe. Les polices d’assurance-vie deviennent habituellement rentables au bout de huit à douze ans, le temps d’amortir les coûts initiaux de distribution, de souscription, d’émission des polices, etc. Par conséquent, si le nombre réel de résiliations est inférieur au nombre prévu dans la période qui précède le seuil de rentabilité, l’amortissement des coûts initiaux se fera plus vite, ce qui augmentera la rentabilité, car les demandes d’indemnités sont peu fréquentes durant cette période en raison des critères de sélection. Par contre, une fois franchi le seuil de rentabilité, un nombre de résiliations plus faible que prévu aura pour effet d’accroître le revenu de primes, mais il s’accompagnera d’une hausse des demandes d’indemnités par rapport à ce qui avait prévu dans la tarification, ce qui pourrait miner la rentabilité du groupe de polices en vigueur.

Les ventes des nouveaux produits dont le risque a été éliminé pourraient aussi être touchées si ces produits étaient perçus comme offrant moins de valeur aux consommateurs. Une diminution du nombre de nouvelles polices pourrait créer un écart de dépenses, ou – comme c’est le cas des rentes à constitution immédiate – la faiblesse des taux d’intérêt et l’amélioration de la longévité pendant plusieurs décennies ont conduit à un arrêt quasi total des ventes de ces produits.

Il existe des produits entièrement ajustables qui sont apparemment immunisés contre les variations des taux d’intérêt ou d’autres d’hypothèses, jusqu’à la date de renouvellement. À ce moment-là, le titulaire de la police peut choisir d’ajuster le capital assuré ou le montant de la prime. Toutefois, les titulaires n’aiment pas voir la valeur de leur police diminuée, si bien que les résiliations ont tendance à augmenter à la date du renouvellement, car les titulaires vont voir ailleurs.

Si les taux d’intérêt augmentent, la dynamique globale sera inversée. Au fur et à mesure que les taux augmentent graduellement sur une certaine période, la rentabilité s’améliorera, et les réserves et le capital seront libérés. Au cours de cette période, la rentabilité des nouvelles polices est également améliorée, car les taux réalisés seront supérieurs à ceux supposés dans la tarification. Toutefois, les produits dont le risque a été récemment éliminé et qui ne permettent pas un partage du risque deviennent moins concurrentiels et peuvent faire l’objet d’un taux de résiliation accru.

Assurance de dommages (assurances multirisques)

Les assureurs multirisques font face à des marges d’intérêt réduites et se heurtent à une féroce concurrence. Ils subiront une perte de revenu immédiate l’année où les taux d’intérêt seront inférieurs à ceux prévus dans la tarification, et les effets se feront sentir sur les passifs à long terme comme celui de la branche dommages corporels. Toutefois, le montant total de ces indemnités de longue durée à l’échelle des branches d’assurance est généralement sans importance.

Bien que les sociétés d’assurances multirisques calculent tous les ans de nouveaux tarifs pour la plupart de leurs produits, la concurrence limite la mesure dans laquelle elles peuvent rattraper la marge de taux d’intérêt perdue dans la fixation des nouveaux tarifs. En outre, les sociétés d’assurances multirisques sont très efficaces dans l’administration de leurs activités, ce qui ne leur laisse guère d’autres sources de marge.

Au fil du temps, la diminution de la rentabilité peut réduire leur accès aux marchés de capitaux en période de besoin.

La révision des tarifs pour regagner les marges perdues n’est peut-être pas sans conséquence. Vu que les sociétés ne réagissent généralement pas à l'unisson, les pressions concurrentielles pourraient conduire à un transfert de contrats entre assureurs. Certains produits pourraient simplement être perçus par le consommateur comme coûtant trop cher et perdre de leur attrait. D’autres produits, comme l’assurance automobile, sont soumis à une limitation provinciale des tarifs qui pourrait rendre encore plus difficile le retour à la rentabilité.

L’industrie des assurances multirisques a été résiliente et a su surmonter la faiblesse des taux d’intérêt, bien qu’elle connaisse des difficultés sur d’autres fronts, comme les récentes pertes catastrophiques.

Les assureurs multirisques cherchent par tous les moyens d’améliorer le rendement. Pour ce faire, elles devront établir des pratiques, des politiques et des limites appropriées leur permettant de gérer efficacement le risque.

Assurance hypothécaire

La faiblesse des taux d’intérêt a des effets importants quoique très différents sur les polices d’assurance hypothécaire, en comparaison des deux autres branches d’assurance.

Au Canada, on compte deux sociétés d’assurance hypothécaire dans le secteur privé et une société d’État (la Société canadienne d’hypothèques et de logement ou SCHL), qui gère le niveau des primes d’assurance prêt hypothécaire dont le ratio prêt-valeur est élevé (supérieur à 80 %), ce qui crée une situation difficile pour les entreprises du secteur privé lorsque leurs marges bénéficiaires reculent. La faiblesse des taux d’intérêt fait naître chez les assureurs hypothécaires des risques particuliers et dans l’économie canadienne, la possibilité d’un risque systémique.

Les bas taux d’intérêt ont réduit les coûts de portage des prêts hypothécaires, mais ils ont poussé la demande à la hausse, d’où une augmentation du prix du logement. Parallèlement aux autres tendances de consommation, le ratio de la dette au revenu n’a jamais été aussi élevé, ce qui laisse les emprunteurs vulnérables à une augmentation importante et soutenue des taux d’intérêt ou à une baisse importante des taux d’emploi.

Le maintien de faibles taux d’intérêt a accéléré la croissance du marché hypothécaire et a continué de faire augmenter le ratio de la dette. Par conséquent, les organismes du gouvernement fédéral ont instauré des mesures pour contenir la croissance du segment à haut risque du marché.

En raison de l’importance systémique du marché de l’assurance hypothécaire, le BSIF a mis en place une nouvelle norme de capital pour les assureurs hypothécaires. Le capital requis pour les hypothèques varie selon les cotes de crédit, les ratios prêt-valeur, les conditions du marché géographique local à l’émission, et d’autres facteurs pertinents. Il faudra que les sociétés détiennent davantage de capital pour les nouvelles polices émises dans les zones à haut risque comme Toronto, Vancouver et l’Alberta.

Les assureurs hypothécaires ont su très bien gérer leurs dépenses; il y a donc peu de marge de manœuvre pour recouvrer la marge d’intérêt perdue. Comme il a été mentionné, le coût de l’assurance à ratio élevé est contrôlé par la SCHL, de sorte que les assureurs privés ne peuvent augmenter les primes unilatéralement. En fin de compte, la diminution de la rentabilité peut diminuer leur accès au capital si les investisseurs cherchent des taux de rendement plus élevés ailleurs sur le marché.

Méthode de surveillance du BSIF

Il est difficile pour le BSIF de s’acquitter de son mandat lorsque les taux d’intérêt sont bas. Il doit à la fois veiller à ce que les sociétés détiennent suffisamment de fonds propres pour protéger leurs souscripteurs et les autres créanciers contre une perte financière importante, et permettre aux sociétés de faire face à la concurrence et de prendre des risques raisonnables. Les effets de la faiblesse prolongée des taux d’intérêt sur les résultats financiers des assureurs et les répercussions sur d’autres hypothèses sont complexes et parfois contraires à l’intuition. La meilleure façon de comprendre l’impact de ces relations complexes consiste à effectuer une modélisation exhaustive comportant plusieurs scénarios et simulations de crise.

Le processus d’évaluation des risques du BSIF s'amorce par l’évaluation du risque inhérent à chaque activité d'envergure de l’assureur et de la qualité de la gestion exercée pour atténuer ces risques. Par activité d’envergure, on entend une branche importante d’assurance, un processus comme la gestion de l’actif-passif ou une entité telle qu’une filiale. Une fois cette évaluation effectuée, le BSIF détermine le niveau de risque net et l’évolution de la cote de chaque activité d’envergure (c’est-à-dire si elle augmente, si elle est stable ou si elle diminue). Ces activités sont ensuite pondérées en fonction de leur importance relative pour obtenir un risque net global pour l’assureur. Le risque net global représente une cote ou une évaluation consolidée de l’impact négatif que les activités d’envergure pourraient avoir collectivement sur les bénéfices de l’assureur et sur l’adéquation de son capital. Le BSIF établit ensuite une cote de risque composite de l’assureur (et son évolution prévue) après avoir évalué les bénéfices de l’assureur et son capital en rapport avec le risque net global, ainsi que ses liquidités.

Voici d’autres facteurs pris en compte par le BSIF dans ses critères d’évaluation des fonds propres :

  • l’adéquation du capital de l’assureur compte tenu de son profil de risque et son plan d’affaires, y compris les risques qui ne sont pas entièrement pris en compte dans les lignes directrices sur le capital réglementaire;
  • la capacité d’obtenir des capitaux à un coût raisonnable pour satisfaire aux besoins prévus;
  • la qualité du capital;
  • la qualité et la vigueur de la politique et des processus de gestion du capital de l’assureur;
  • les rôles et responsabilités de la haute direction et du conseil d’administration à l’égard desdits processus.

Le capital réglementaire est établi de manière que le total des fonds propres qu’une institution financière doit détenir pour respecter ses obligations contractuelles s’aligne sur une certaine espérance conditionnelle. Pour l’application de cette mesure, le BSIF considère le ratio du capital disponible au capital requis qui doit respecter certains niveaux minimaux avant que lui-même n’intervienne. Toutefois, les surveillants peuvent exiger une marge supplémentaire fondée sur leur évaluation des risques de l’entreprise.

À la fin de 2015, le BSIF a instauré une ligne directrice pour aider les institutions financières à adapter le montant de capital approprié à leur profil de risque spécifique. Il s’agit d’une évaluation interne des risques et de la solvabilité (le dispositif ORSA), qui exige un grand nombre d’analyses de scénarios et de simulations de crise. Le niveau de capital interne doit être supérieur aux seuils prudentiels fixés afin de constituer une marge supplémentaire. Si les résultats des tests effectués par la société indiquent que son capital chutera en deçà de ses cibles internes, elle doit en informer le BSIF et fournir un plan indiquant comment elle prévoit gérer les risques ou atteindre ses cibles internes dans un court délai.

Les assureurs doivent avoir une politique de gestion du capital qui définit le processus continu de détermination et de maintien de la quantité et de la qualité des fonds propres à l’appui des activités prévues. Le capital doit être administré de manière à pouvoir assurer la santé financière, absorber les pertes pour faire face à des situations économiques défavorables, saisir les possibilités de croissance et satisfaire aux autres objectifs qui ont trait à la gestion des risques et au déroulement des opérations. Le capital doit aussi être géré de façon à ce que l’actif soit, dans des cas extrêmes comme la faillite ou l’insolvabilité imminente, suffisant pour pouvoir céder ou liquider les engagements envers les souscripteurs et s’acquitter de ses obligations envers ses créanciers.

Coup d’œil sur l’avenir

Les dernières tendances aux États-Unis et au Canada pointent vers un relèvement des taux d’intérêt. La Banque du Canada a récemment augmenté son taux d’intérêt directeur de 25 points de base, avec possibilité d’augmentations graduelles. Tous les segments d’assurance profiteront de cette hausse. Toutefois, la viabilité n’est pas encore assurée, car les niveaux d’endettement nationaux et personnels continuent d’augmenter et des problèmes géopolitiques mondiaux, le Brexit par exemple, émergent.

Bien que l’augmentation récente des taux d’intérêt soit quelque peu rassurante, rien dans l’économie n’est tenu pour certain et, en tant que surveillants, nous continuons de faire preuve de scepticisme prudent. Plusieurs raisons nous amènent à supposer que les taux d’intérêt resteront bas, avec des hausses en cours de route, et il semble y avoir de bonnes raisons de croire que les taux d’intérêt demeureront en deçà des niveaux antérieurs à 2008 pendant un certain temps.

Et voici ces raisons :

  • l’abondance des capitaux mondiaux pousse les taux à la baisse;
  • l’accroissement de l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, ce qui entraîne une diminution de la demande de capitaux et une baisse des taux;
  • l’importante capacité de production inutilisée dans les pays en développement, particulièrement en Chine;
  • les nouvelles entreprises à forte visibilité ont moins besoin de capitaux de démarrage;
  • les économies développées connaissent un ralentissement en raison du vieillissement, ce qui freine l’expansion, le nombre de nouvelles entreprises et la demande d’emprunt.

Conclusion

Le niveau et la durée de la faiblesse des taux d’intérêt ont eu des répercussions significatives sur tous les segments du secteur des assurances. En raison de la longue durée de son passif et de son actif, la branche assurance-vie est la plus touchée. Avec le temps, les produits et garanties de longue durée pourraient disparaître, comme ce qui s’est passé en Europe.

Dernièrement, des signes ont laissé entendre que les taux seraient relevés, mais des indications pointent vers d’autres baisses et une volatilité soutenue.