Mot d’ouverture de Neville – Séance d’information sur la gestion du risque dans le secteur de l’assurance multirisque du 16 novembre 2021

J’attendais avec impatience cette occasion de m’entretenir avec les assureurs multirisques et hypothécaires. L’environnement opérationnel évolue rapidement et ces séances sont parfaites pour informer les institutions de ce qui nous tient occupés et de ce que nous espérons accomplir par nos travaux.

La COVID-19 a été en quelque sorte un vecteur de risque, ce qui nous a obligés, organismes de réglementation et assureurs, à répondre plus rapidement aux risques présents. Même avant le début de la pandémie, les pressions économiques attribuables à la période prolongée de taux d’intérêt bas, les conditions commerciales incertaines et volatiles et l’exposition croissante aux risques non financiers pesaient sur le secteur de l’assurance et changeaient son profil.

Certes, les réactions rapides dans le monde entier face à la pandémie ont permis de sauver des vies et d’éviter de nouvelles perturbations économiques, mais les conséquences de la COVID seront durables et orienteront les décisions des chefs d’entreprise pour les années à venir.

Les enjeux qui se profilent à l’horizon exigent que l’on y consacre de toute urgence des efforts afin de mieux les comprendre, de s’y adapter et d’y répondre. La vélocité, la portée et l’ampleur des risques liés aux changements climatiques, à la numérisation et à la sécurité informatique nécessitent que soient mises en place des approches proportionnelles aux défis qu’ils posent. Ces enjeux sont à la fois internationaux et nationaux. Aussi, il est de plus en plus urgent d’y donner suite vu les réactions que suscite le risque climatique auprès du public et des gouvernements et que le nombre et la complexité des cyberattaques augmentent.

C’est dans cet état d’esprit que le BSIF opérera une transformation de ses activités pour mieux relever ces défis. Pour ce faire, il a dévoilé à l’interne un plan directeur plus tôt ce mois-ci. La transformation du BSIF s’appuiera sur trois éléments fondamentaux :

  1. Exécuter notre mandat différemment en mettant davantage l’accent sur l’objectif d’accroître la confiance du public envers le système financier.
  2. Étendre et renforcer les capacités de gestion du risque et la propension à prendre des risques pour appuyer la gestion stratégique et opérationnelle.
  3. Ancrer les valeurs organisationnelles dans notre culture afin que les employés puissent s’épanouir malgré un contexte opérationnel de plus en plus incertain.

Nous doter de ce plan directeur nous permettra de faire avancer plus rapidement nos travaux sur les risques en évolution et d’accroître la résilience face à l’avenir.

Aujourd’hui, je vais parler de quelques-uns des domaines qui préoccupent le BSIF et le secteur, mais j’aimerais que ce soit le début d’autres discussions sur ces enjeux. Je vous encourage donc tous à poser des questions aux experts du BSIF qui feront des exposés au cours des diverses séances.

Je débuterai par les risques liés aux technologies.

Risques liés aux technologies

La réponse des entreprises à la COVID-19 a contribué à l’accélération du déplacement des opérations vers les plateformes numériques et les tiers. Bien sûr, cela augmente la portée et les effets potentiels des cyberrisques. De plus, cette tendance, conjuguée aux progrès rapides de l’intelligence artificielle, de l’apprentissage automatique ainsi qu’au stockage et à l’analyse des données dans la salle des marchés et par les services administratifs, donne lieu à un environnement en constante évolution auquel les institutions et les organismes de réglementation doivent s’ajuster.

Conscient que l’expertise technologique ne concerne pas uniquement le secteur financier, le BSIF a publié un document de travail sur le risque lié aux technologies dans le but d’élargir la gamme des données qu’il recueille à l’appui de son mandat prudentiel. Ce document tient compte du fait que d’autres organismes de réglementation évoluent à des rythmes différents, avec des objectifs différents et des trousses d’outils différentes.

Nous avons poursuivi sur cette lancée. Au cours de l’été, nous avons publié une lettre sur la résilience opérationnelle, redéfini nos attentes quant au signalement d’incidents liés à la technologie et à la cybersécurité, et avons mis à la disposition des IFF un nouveau document d’autoévaluation en matière de cybersécurité. Plus récemment, nous avons soumis à consultation un projet de ligne directrice sur la gestion du risque lié aux technologies et du cyberrisque. Nous prévoyons aussi de faire paraître une version révisée de la ligne directrice sur l’impartition et le risque lié aux tiers tôt en 2022.

En parallèle, le secteur de l’assurance doit se pencher sur son modèle d’affaires pour fournir des services qui répondent aux attentes croissantes des clients alors que de nouveaux joueurs essaient de lui faire concurrence. Les assureurs doivent en plus se tourner vers de nouvelles données, de nouveaux outils analytiques et de nouveaux partenariats et s’ajuster en conséquence pour être à la hauteur.

J’ai hâte d’approfondir les discussions pour voir comment notre cadre réglementaire peut contribuer à la prise de décisions opérationnelles avisées et à une résilience accrue. Ces efforts démontrent notre volonté d’améliorer notre cadre de supervision dans l’intérêt des institutions, des titulaires de polices et des Canadiens. Toutefois, il ne s’agit pas du seul enjeu qui retient notre attention.

Risques liés aux changements climatiques

Les changements climatiques constituent le défi de notre génération et, pour reprendre les propos du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, « le temps nous manque ». Il est de plus en plus clair que les changements climatiques nécessitent que nous fassions front tous ensemble à leurs menaces. Nous devons agir plus vite et plus vigoureusement, et consacrer des efforts proportionnels au risque qui nous guette.

Le risque de transition causé par les changements climatiques est majoritairement assumé par des institutions offrant des engagements à long terme, adossés à des actifs à long terme. Le risque de transition est le plus difficile à quantifier, car il dépend dans une large mesure du rythme de transfert. Un changement opéré plus lentement peut aider les entreprises à mieux gérer la transition, mais il risque en revanche de susciter des conséquences financières plus graves. À l’inverse, un processus accéléré pourrait compliquer les opérations et perturber les stratégies d’investissement, mais s’avérerait peut-être moins coûteux à long terme.

Cette prémisse est particulièrement importante pour les pays comme le Canada dont l’économie dépend largement du pétrole et du gaz, ou dans les industries dont les activités reposent sur l’utilisation de combustibles carbonés. Pour comprendre les effets de ces relations complexes, l’approche la plus efficace repose sur une modélisation globale du risque qui fait appel à plusieurs scénarios et simulations de crise, et qui utilise les résultats obtenus pour éclairer les décisions et bien évaluer la propension à prendre des risques.

Avant 2021, nous analysions et surveillions le risque climatique au cas par cas, c’est-à-dire institution par institution, sans consignes officielles ni orientation stratégique. Cette année, nous avons décidé de prendre en compte le risque climatique dans nos travaux de surveillance ainsi que dans nos activités macroprudentielles plus larges. En publiant un document de travail sur le risque lié aux changements climatiques et en participant, avec la Banque du Canada, à un projet pilote sur des scénarios de risques liés à ce type de changements, nous traçons la voie à suivre pour la réglementation prudentielle du risque climatique.

Nous avons publié une synthèse des réponses à notre document de travail qui indique les dates importantes pour l’élaboration de notre politique sur le sujet. Dans les prochaines semaines, nous publierons un rapport sur le projet pilote mené avec la Banque du Canada. Ce projet devrait permettre d’accélérer la cadence de nos travaux de surveillance et des initiatives nationales et internationales auxquelles nous participons.

À l’avenir, nous devrons tirer davantage parti de l’expertise et du soutien du secteur de l’assurance multirisque alors que nous nous attaquerons aux autres volets qui viennent de pair avec le risque climatique, soit les risques physiques et les risques de responsabilité induits, par exemple, par le nombre croissant d’inondations, de sécheresses et de feux de forêt.

Conjoncture économique

Quand je parle d’environnement, mon cheminement m’amène à penser non seulement au climat, mais aussi à la conjoncture économique et commerciale à laquelle les institutions doivent s’adapter. Bien que la faiblesse des taux d’intérêt à long terme ait stimulé la concurrence sur le marché de l’assurance, il faut tenir compte du spectre de l’inflation et des fluctuations des taux d’intérêt.

Certaines entreprises réagissent en majorant les prix avant leurs concurrents ou en augmentant leur tolérance au risque dans l’espoir d’obtenir un meilleur rendement. Ce sont toutes des décisions opérationnelles que nous nous attendons à voir bien gérées. L’exposition de l’économie canadienne à la dette liée au logement est devenue de plus en plus critique, de nombreux prêts hypothécaires contractés au cours des dernières années étant plus sensibles à la fluctuation des taux d’intérêt.

Les titulaires de police, les nouveaux acheteurs et les investisseurs suivent aussi de près les taux d’intérêt et évaluent leurs options. Il est de plus en plus important de comprendre leur comportement au moment d’établir des stratégies d’entreprise, car la concurrence en matière d’investissement se complexifie.

IFRS 17

Je sais que dans le cadre d’un exposé ultérieur, on vous fera un compte rendu de la transition vers la norme internationale d’information financière (IFRS) 17, Contrats d’assurance. L’adoption de cette norme est un projet majeur, et une source d’implications fort importantes, tant pour le secteur que pour le BSIF.

Je suis conscient que la charge de travail connexe comporte son lot de défis. Nous demeurons déterminés à poursuivre la collaboration avec le secteur de l’assurance et les principales parties prenantes afin d’assurer une mise en œuvre rigoureuse de l’IFRS 17. N’hésitez donc pas à poser des questions qui pourraient tous nous aider à faire avancer l’adoption de la norme.

Conclusion

Je sais que de nombreux assureurs tiennent déjà compte, dans leurs décisions opérationnelles, du niveau élevé d’incertitude qui caractérise le contexte économique et opérationnel actuel.

Pour le BSIF aussi il s’agit d’une réalité qu’il garde en tête afin d’analyser les conséquences de risques graves, mais plausibles et de prendre les bonnes décisions.

Je compte poursuivre les discussions et la collaboration avec les assureurs pour relever les défis à venir et garantir un avenir solide à ceux qui croient en notre capacité à cultiver la confiance du public envers le système financier canadien.