Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier conversation avec Jamey Hubbs, vice-surintendant

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  • Date : Le 17 mai 2022

Les questions et réponses suivantes proviennent d’une discussion entre Jamey Hubbs, et le Réseau pour le verdissement du système financier (NGFS), un groupe de banques centrales et de superviseurs qui, sur une base volontaire, souhaitent démontrer les pratiques exemplaires, contribuer au développement de la gestion des risques liés à l’environnement et au climat dans le secteur financier et mobiliser la finance traditionnelle pour appuyer la transition vers une économie durable.

Quand et pourquoi votre organisme a‑t‑il adhéré au Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS)?

Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) adopte une approche prospective à l’égard des risques graves, mais plausibles, qui peuvent guetter les institutions financières et l’économie. Avant 2021, le BSIF procédait à l’analyse et à la surveillance du risque climatique au cas par cas, c’est‑à‑dire institution par institution, sans qu’il n’existe de consignes officielles ni d’orientation stratégique. Plus récemment, nous avons pris des mesures visant expressément à prendre en compte le risque climatique dans nos travaux de surveillance ainsi que dans nos activités macroprudentielles de portée plus large. Après avoir commencé à constituer nos propres ressources pour analyser les risques prudentiels liés au climat, nous avons rapidement pu confirmer la nécessité d’agir pour composer avec les répercussions graves et de grande envergure que les changements climatiques pourraient avoir dans une optique prudentielle au Canada.

Si nous avions une bonne compréhension de la manière de quantifier le risque climatique, nous nous sommes toutefois rendu compte que ni le BSIF ni le Canada ne disposent à eux seuls de l’influence et des outils nécessaires pour gérer les risques qui pointent à l’horizon. Pour préserver la résilience du système financier face aux changements climatiques, nous devons être animés d’un plus fort sentiment d’urgence, déployer plus d’énergie et redoubler d’efforts afin de pouvoir donner suite aux menaces que posent ces derniers. Nous avons travaillé avec des partenaires canadiens en matière de réglementation par l’entremise du Conseil d’action en matière de finance durable et dans le cadre d’autres relations bilatérales. Toutefois, pour qu’il soit possible de faire des progrès concrets dans ce domaine, la mobilisation, la coopération et la coordination à l’échelle internationale sont des conditions sine qua non.

Le BSIF est bien conscient qu’une plus grande mobilisation internationale est absolument nécessaire, et l’adhésion au NGFS constitue une étape cruciale dans le cadre de nos activités en vue de préparer le secteur des services financiers canadien pour qu’il acquière la résilience requise face au risque climatique. Notre adhésion au NGFS en 2021 nous ouvre l’accès à une tribune où il est possible de mettre en commun les travaux effectués et de tirer parti de l’expertise d’autres partenaires nationaux et internationaux. Ensemble, nous posons les gestes nécessaires pour assurer un avenir meilleur et composer avec l’incertitude qui va de pair avec le fait que le rythme et la portée des changements fluctuent constamment.

Pouvez‑vous nous faire part des principaux éléments de la stratégie du BSIF en matière de climat et la place qu’occupe cette dernière dans la stratégie nationale de portée plus générale de votre administration?

Le plan climatique du Canada relève au premier chef d’Environnement et Changement climatique Canada, qui a récemment élaboré le Plan de réduction des émissions pour 2030. Ce plan décrit les prochaines étapes de la lutte contre les changements climatiques et des travaux pour assurer la prospérité économique durable du Canada. La stratégie du BSIF en matière de climat tient compte de cet impératif général, mais son objectif prudentiel consiste à protéger le système financier du Canada, dans le contexte des efforts planétaires pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Plus particulièrement, le BSIF travaille à améliorer la capacité des institutions financières fédérales à gérer le risque climatique. Nous avons récemment commencé à mettre davantage l’accent sur le risque climatique; par exemple, nous avons créé une nouvelle division au sein du BSIF, le Carrefour du risque climatique, qui dispose de ressources ayant comme objectif d’appuyer la mise en œuvre de notre stratégie en matière de risque climatique. Les éléments clés de cette stratégie comprennent notamment l’élaboration de consignes sur la gestion du risque climatique et les exigences de communication d’information, le renforcement des capacités d’analyse de données et de scénarios, et la mobilisation des parties prenantes.

Nos consignes sur la gestion du risque climatique ont d’abord pris la forme d’un document de travail à l’intention du secteur en 2021, dans le but d’assurer une plus grande conscientisation sur cet enjeu et d’obtenir une rétroaction à ce sujet. Parmi les instances interrogées, plusieurs en étaient encore aux premières étapes de l’évaluation de ce risque, et on convenait généralement que, si de nouvelles consignes étaient émises, elles devaient être exprimées sous forme de principes et être conformes aux normes internationales, tout en étant adaptées au contexte économique canadien, ce qui inclut la place qu’occupent les ressources naturelles. Les consignes sur le risque climatique que nous élaborons sont axées sur l’intégration de ce risque aux processus de gouvernance, de gestion stratégique et de gestion du risque des entités réglementées, de même que sur l’accroissement de la résilience financière et opérationnelle des institutions et sur la formulation des exigences de communication d’information en matière de climat. Nos consignes seront formulées sous forme de principes et concorderont avec les attentes établies par les organismes internationaux de normalisation ainsi qu’avec les résultats de nos propres consultations. Nous prévoyons publier ces consignes à des fins de consultation ce printemps (2022), le but étant de les mettre en œuvre d’ici la fin de l’année. Nous comptons en outre procéder à des mises à jour itératives, au fil du renforcement des capacités à la fois du secteur et de notre organisme ainsi que de l’évolution des risques et des attentes connexes.

La gestion et l’analyse des données sont à l’heure actuelle des priorités stratégiques clés du BSIF, car ce sont des activités qui concourent à une réglementation rigoureuse et à une surveillance efficace. Nous mettons en œuvre une stratégie à moyen terme pour restructurer notre environnement de données et améliorer nos capacités en matière de données et d’analyse. Au chapitre du risque climatique, nous procédons à une analyse des lacunes au regard de nos données existantes, et nous essaierons d’obtenir des renseignements complémentaires afin d’avoir un aperçu complet des formes que peut prendre l’exposition au risque climatique. Le fait d’avoir pu participer rapidement au volet de travail du NGFSNote de bas de page 1 visant à combler les lacunes dans les données contribue énormément à notre capacité à disposer de données fiables et comparables.

L’analyse de scénarios a également été un élément clé de notre stratégie. En janvier, nous avons publié les résultats d’un projet pilote sur l’analyse de scénarios portant sur les risques liés à la transition climatique, mené conjointement avec la Banque du Canada. Ce fut un exercice d’une grande utilité pour comprendre les capacités des institutions et l’exposition potentielle du secteur financier à tout un éventail de risques pouvant découler de la décarbonisation de l’économie. Ces travaux ont constitué une étape cruciale en vue de renforcer la capacité de gestion du risque et de sensibiliser les entités réglementées à ces enjeux, ce qui favorisera du coup la résilience financière tout au long de la transition. Nous prévoyons élargir la portée de nos travaux afin d’organiser des exercices d’analyse de scénarios normalisés dont nos institutions pourront tirer parti.

La mobilisation des différents acteurs concernés est aussi un enjeu clé, du fait que les changements et le risque climatiques soulèvent des questions complexes qui rendent nécessaire la collaboration entre de multiples parties prenantes. Nous allons mettre en œuvre une stratégie de mobilisation qui consistera notamment à collaborer étroitement avec des participants du secteur financier, des partenaires nationaux en matière de réglementation et des organismes internationaux de réglementation et de normalisation. Le NGFS et ses institutions membres sont des partenaires clés qui chemineront avec nous dans le but de gérer le risque climatique.

Dans quelle mesure le BSIF a‑t‑il tiré parti des travaux du NGFS au cours de son propre cheminement au niveau national? Pourriez‑vous donner des exemples concrets?

Les travaux et les publications préliminaires du NGFS ont été inestimables à l’appui de l’élaboration de notre propre stratégie en matière de risque climatique, surtout que les consignes étaient destinées aux organismes de contrôle. Plus particulièrement, les recommandations présentées dans le guide du NGFS à l’intention des superviseurs ont été essentielles afin de bien saisir les risques financiers liés au climat, d’appuyer la conscientisation et d’élaborer un plan de surveillance.

Le guide du NGFS sur l’analyse de scénarios liés au climat à l’intention des banques centrales et des superviseurs a constitué une assise importante de notre projet pilote national sur le climat, mené de concert avec la Banque du Canada. Nous avons élaboré des scénarios de transition climatique concordant avec les scénarios de référence du NGFS dans le but d’évaluer l’exposition et le risque climatique pour six institutions financières canadiennes. Les scénarios ont été conçus de manière à englober tout un éventail de résultats possibles et à illustrer les types de tensions susceptibles de s’exercer sur le système financier et sur l’économie au cours de la transition de la planète vers un avenir à faibles émissions de carbone. Les résultats ont souligné que l’atteinte des objectifs climatiques entraînera d’importants changements structurels pour l’économie du Canada et l’économie mondiale. Cette transition sera plus difficile pour l’économie canadienne, dont certains secteurs importants sont à forte intensité de carbone. Tout retard additionnel dans la prise de mesures stratégiques contre les changements climatiques aura comme effet d’amplifier les répercussions économiques et les risques pour la stabilité financière.

Auriez‑vous une dernière remarque?

L’une des caractéristiques du risque climatique est que ce dernier est transfrontalier et intersectoriel, contrairement à certains risques financiers plus traditionnels, comme le risque de crédit. Par exemple, dans une optique transfrontalière, les effets de l’empreinte carbone du Canada et de celle d’autres pays ne se limitent pas à nos pays respectifs, mais s’étendent au monde entier. En outre, le phénomène a une portée intersectorielle, car les répercussions du risque climatique, loin de se cantonner aux secteurs des banques, de l’assurance ou de la gestion des actifs, seront transférées entre secteurs et entre économies. Cette situation soulève des problèmes encore jamais vus sur le plan de l’action collective, et il est important d’avoir des normes et des solutions internationales cohérentes.

Il s’agit d’un problème commun dont les impacts, les points de bascule et les effets de rétroaction sont à la fois imprévisibles et inégaux. On ne sait pas comment tout cela va se manifester exactement. Le degré de variabilité associé à ce risque est beaucoup plus grand que dans le cas d’autres risques que nous connaissons mieux. Le problème que cela soulève est formidable et ardu, et l’environnement d’incertitude qui l’entoure accroît la nécessité de compter sur un système plus résilient.

Nos engagements au niveau national et international à l’appui des travaux menés au sein du NGFS aident à améliorer les pratiques de surveillance, à peaufiner les paramètres de mesure du risque et à mener à bien les initiatives visant à hausser le degré de préparation aux répercussions qu’auront les changements climatiques sur le système financier et sur l’économie.

Plus nous travaillons avec les autres, plus nous comprenons que plus doit être fait. Ces efforts communs servent les intérêts de toutes les parties pour qui il est important que l’on prenne des décisions judicieuses face au changement. Nous sommes conscients que les travaux visant à donner suite aux risques sont sans fin, car les risques évoluent constamment; cela dit, nous sommes heureux de faire partie d’un organisme qui s’emploie à instaurer un secteur financier stable et viable.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Le BSIF participe à ce volet du NGFS depuis 2020, soit avant son adhésion officielle en 2021.

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