Participation du surintendant, Peter Routledge, à un entretien informel dans le cadre de la conférence CatIQ 2026
Discours - Toronto -
L'allocution prononcée fait foi
Animateur :
Qu’ont révélé les relevés sur les risques climatiques produits à la fin de l’exercice 2024?
Surintendant Peter Routledge :
- Les relevés sur les risques climatiques, produits par une première cohorte de déclarants, soit 10 des plus grandes institutions du Canada, nous fournissent des données détaillées et comparables qui donnent un aperçu de l’exposition de différentes institutions aux risques climatiques, c’est-à-dire à la fois les risques physiques et le risque lié à la transition climatique.
- Nous pouvons maintenant mettre en correspondance l’information sur l’exposition des actifs avec des ensembles de données sur les risques physiques, et discerner les vulnérabilités et les concentrations. Par exemple, nous avons constaté que les risques climatiques physiques (risque de catastrophe) sont concentrés dans des secteurs et domaines comme l’immobilier résidentiel et commercial, les prêts aux grandes entreprises, les obligations souveraines et les entités du secteur public.
- Les relevés permettent aussi de disposer de données détaillées sur les expositions des actifs et les émissions liées à ces actifs par secteur économique, ce qui nous permet de savoir quelles institutions financières sont plus exposées aux secteurs à fortes émissions ou qui pourraient être plus sensibles aux modifications des politiques de réduction des émissions.
- Les relevés dans leur ensemble ont donné une visibilité sans précédent à cette situation, mais il y a un message clair qui s’en dégage : les institutions doivent continuer à resserrer leur discipline en matière de données climatiques, et améliorer leurs méthodes de mesure des émissions afin que l’on puisse tarifer avec précision les risques climatiques.
- Cette année, plus de 250 institutions produiront des relevés. Le fait de recueillir un ensemble complet de données nous permettra de disposer d’informations plus détaillées et de mieux comprendre les formes que peut prendre la vulnérabilité aux risques climatiques, ce qui nous servira à affiner notre approche de surveillance.
Animateur :
Quelles sont les aspects de la gestion des risques climatiques sur lesquelles les sociétés d’assurance devraient se concentrer selon vous, à la lumière de ce que l’on a appris?
Surintendant Peter Routledge :
- Au chapitre de la gestion des risques climatiques, il ressort clairement de notre analyse que les assureurs multirisques disposent de cadres plus perfectionnés pour évaluer l’exposition aux risques physiques, ce qui tient en grande partie à la nature de leurs activités de souscription et à leurs profils de risque.
- Il est possible de faire mieux dans le domaine de l’assurance vie, particulièrement en ce qui concerne l’évaluation des risques physiques pesant sur les portefeuilles d’actifs. Bien entendu, les banques sont elles aussi fortement exposées aux risques climatiques physiques, de par leurs portefeuilles de prêts, et nous nous attendons à ce qu’elles donnent la priorité au géocodage au niveau des propriétés afin d’améliorer leurs analyses au moyen de modèles de catastrophe pour tenir compte des chevauchements des risques physiques.
- Cela dit, dans le cas des assureurs multirisques, l’une des améliorations requises serait de prolonger l’horizon prévisionnel, qui est habituellement d’un an à l’heure actuelle dans un large pan du secteur de l’assurance de biens. La révision annuelle de la tarification offre certes une certaine souplesse, mais nous nous attendons à ce que les assureurs en viennent à évaluer les risques climatiques sur un horizon à plus long terme, au moyen de scénarios couvrant de multiples années et de multiples événements, afin d’évaluer les répercussions possibles sur les modèles d’affaires. Cela inclut une prise en compte plus explicite des risques secondaires et des événements à effets cumulatifs au moyen des cadres de simulation de crise.
- Dans tous les secteurs que nous réglementons, nous attendons des institutions qu’elles modélisent les risques physiques, et notamment leurs répercussions sur la volatilité des bénéfices, la suffisance du capital et les stratégies de réassurance, au lieu de se borner à envisager les risques climatiques dans une optique technique ou dans le contexte d’un exercice de modélisation.
Animateur :
Comment le BSIF compare-t-il son approche à l’égard de la gestion des risques climatiques par rapport à celle d’autres organismes de réglementation à l’échelle internationale?
Surintendant Peter Routledge :
- Les risques climatiques, en tant que risques financiers, continuent de mettre en péril la stabilité financière. Notre exercice d’analyse de scénarios climatiques et les renseignements recueillis grâce aux relevés sur les risques climatiques montrent de façon tout à fait claire que ces risques vont en s’aggravant plutôt qu’en s’atténuant. Ces travaux ont également révélé l’existence de lacunes en matière de données et de capacités qui doivent être comblées pour que le système demeure résilient.
- À l’échelle internationale, nous constatons un mouvement en faveur de l’instauration de cadres de communication d’information harmonisés. L’approche du BSIF, qui correspond à celle du Conseil canadien des normes d’information sur la durabilité et du Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité, favorise la communication d’informations comparables à l’échelle mondiale; de telles informations servent à étayer la prise de décision et sont intégrées dans les rapports financiers.
- En outre, nous devons garder le cap afin de nous acquitter de notre mandat prudentiel. Même si les grandes orientations peuvent changer dans certaines régions, il demeure que la responsabilité du BSIF consiste à préserver la stabilité du système financier canadien. Les institutions ont fait beaucoup de progrès dans leurs préparatifs en vue de renforcer leur capacité de quantifier et de gérer les répercussions financières des risques climatiques. Nous ne pouvons pas laisser tous ces progrès s’envoler.
Animateur :
Pour 2026, quelles sont les priorités du BSIF en ce qui a trait à la gestion des risques climatiques?
Surintendant Peter Routledge :
- Le BSIF va continuer de se concentrer sur l’évaluation des progrès réalisés. Nous savons que les institutions en sont à différents stades de leur cheminement en matière de risques climatiques, et nous nous engageons à les appuyer en leur fournissant des consignes claires et un soutien constant. Notre approche de surveillance restera proportionnée et pragmatique.
- L’une de nos grandes priorités a trait à l’amélioration de la manière dont les institutions mesurent les risques climatiques et en déterminent le coût. Pour cela, il faut promouvoir l’utilisation de méthodes rigoureuses et fondées sur des éléments probants, de pair avec des données de meilleure qualité, des analyses géospatiales et la conception de scénarios cohérents. Cela signifie aussi que les institutions doivent intégrer les risques climatiques à leurs fonctions opérationnelles essentielles, comme la gouvernance, la souscription, la planification des fonds propres ou du capital ainsi que la planification stratégique, de même que la gestion du risque d’entreprise.
- Notre objectif est de veiller à ce que la gestion des risques climatiques soit intégrée aux cadres de gestion du risque et à la gouvernance, au lieu de s’y greffer à titre de fonction accessoire. On pourra compter sur une collaboration continue, de pair avec un affinage itératif des attentes.
- Somme toute, cette démarche vise la résilience financière, de manière à garantir que le système financier canadien puisse s’adapter aux changements climatiques, et parvenir à les surmonter et à prospérer.