Peter Routledge participe à un entretien informel à l’occasion de la Conférence nationale sur l’assurance au Canada 2026
Discours - Québec -
L'allocution prononcée fait foi
Animatrice :
Vous êtes un tenant d'une solution fédérale visant à gérer le risque systémique lié aux tremblements de terre dans le secteur de l'assurance. L'exercice de simulation de la Société d'indemnisation en matière d'assurances incendie, accidents et risques divers (SIMA) a clairement mis en évidence, pour les organismes de réglementation partout au pays, les risques financiers liés aux tremblements de terre et fait ressortir avec force la nécessité de trouver une solution. Le gouvernement fédéral est également engagé dans ce dossier. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous estimez qu'une telle solution est nécessaire et quel pourrait être le rôle du BSIF?
Surintendant – Peter Routledge :
- Les tremblements de terre comptent parmi les risques de catastrophe les plus importants auxquels le Canada est exposé et pourraient avoir des répercussions sur l'ensemble du système financier, et pas seulement sur le secteur de l'assurance.
- Nous sommes d'accord sur l'importance d'établir une forme de cadre de résolution préétabli qui permettrait d'intervenir à la suite d'un tremblement de terre. Le BSIF a consacré une expertise et des ressources considérables pour mieux comprendre le risque lié aux tremblements de terre et contribuer aux discussions sur des solutions potentielles visant à renforcer la résilience du système financier.
- L'exercice de simulation réalisé récemment a renforcé l'importance de disposer d'un plan avant qu'un événement majeur ne survienne. Comme je l'ai déjà dit, l'objectif n'est pas de mettre en place une « garantie de sécurité », mais plutôt une forme de cadre de résolution préétabli qui permettrait d'intervenir efficacement si des assureurs devenaient non viables à la suite d'un tremblement de terre catastrophique.
- Notre propre analyse globale confirme que cette question dépasse le secteur de l'assurance multirisques et qu'une perspective englobant l'ensemble du système financier est nécessaire.
- Les décisions concernant tout mécanisme fédéral relèvent des gouvernements et du Parlement. Le rôle du BSIF consiste à fournir son expertise en matière de surveillance prudentielle, ses analyses des risques et ses perspectives de surveillance afin que les décideurs disposent d'une compréhension claire des répercussions qu'un tremblement de terre majeur pourrait avoir sur le système financier.
Animatrice :
Le gouvernement fédéral a fait de la compétitivité et de la croissance économique des priorités clés et, dans le budget de 2025, s'est engagé à simplifier la réglementation, à réduire le fardeau réglementaire, à améliorer la coordination entre les organismes de réglementation et à mobiliser davantage de capitaux privés pour soutenir l'investissement. À titre d'organisme de réglementation prudentielle du Canada, quel rôle voyez-vous pour le BSIF dans la réalisation de ces objectifs, tout en continuant d'assurer une surveillance prudentielle rigoureuse et la stabilité financière?
Surintendant – Peter Routledge :
- Je ne considère pas que la réglementation prudentielle et la croissance économique soient incompatibles. La croissance et la concurrence sont des considérations importantes, mais la résilience financière demeure notre objectif principal.
- Nous avons entamé il y a déjà 2 ans la modernisation de notre cadre réglementaire et de surveillance la plus importante de l'histoire du BSIF. L'objectif est de continuer à rendre la réglementation plus claire, plus efficace et plus proportionnée, tout en maintenant de solides résultats sur le plan de la surveillance.
- Un système financier résilient constitue un avantage pour le Canada. Il donne aux institutions la confiance nécessaire pour prêter, investir, innover et contribuer à la croissance économique.
- Notre récente décision de réduire la réserve pour stabilité intérieure en est un bon exemple. Cette mesure donne aux banques une plus grande marge de manœuvre pour utiliser leurs fonds propres, tout en maintenant une capacité substantielle d'absorption des pertes.
- De même, dans le secteur de l'assurance, nous avons réduit les obstacles à l'accès à d'autres sources de capital en permettant le recours à des contrats d'assurance titrisés, comme les obligations catastrophe, en ce qui a trait à certains risques de catastrophe. Ces changements contribuent à accroître la souplesse et l'accès aux fonds propres, tout en maintenant de solides résultats sur le plan prudentiel. La façon dont cette capacité est finalement utilisée demeure une décision qui relève des conseils d'administration et des équipes de direction.
Animatrice :
Dans votre discours prononcé devant l'Economic Club du Canada il y a quelques semaines, vous avez parlé du fait de réévaluer la propension à prendre des risques du BSIF face à la nouvelle réalité dans laquelle nous vivons. Pouvez-vous nous faire part de vos réflexions concernant la manière dont évoluera votre propension à prendre des risques et ce à quoi mon secteur d'activité peut s'attendre?
Surintendant – Peter Routledge :
- Nous sommes en train de rééquilibrer notre propension à prendre des risques. La résilience du système financier demeure notre responsabilité principale, mais nous accordons une plus grande importance à la croissance et à la concurrence que par le passé.
- Ce changement se manifeste déjà dans nos décisions. Nous avons ajusté les coefficients de pondération des risques et les exigences de fonds propres dans certains domaines, et nous continuons d'examiner où les changements peuvent soutenir la croissance et l'intensité concurrentielle sans pour autant créer de risque prudentiel indu.
- Nous avons également besoin de nouvelles idées. Bon nombre des changements que nous envisageons proviennent directement du secteur, et nous continuerons d'être à l'écoute des institutions qui proposent des solutions pratiques pour soutenir la croissance et la concurrence, tout en maintenant la résilience.
- Une plus grande concurrence peut stimuler l'innovation, mais elle peut aussi être source de plus de volatilité. Les économies saines subissent un certain degré de destruction créatrice, et un système financier plus dynamique pourrait signifier qu'il faille accepter un peu plus de perturbations que ce que les Canadiens ont connu par le passé.
- Notre défi consiste à trouver le juste équilibre, à savoir, éviter ce que j'ai appelé la « stabilité mortifère », tout en préservant la résilience que les Canadiens attendent de leur système financier ainsi que la confiance dans celui‑ci.
Animatrice :
Alors que l'intelligence artificielle s'intègre de plus en plus profondément dans l'ensemble du secteur financier, comment le BSIF parvient-il à concilier la stimulation de l'innovation et de la compétitivité avec le maintien de la surveillance prudentielle et de la stabilité financière?
Surintendant – Peter Routledge :
- L'IA possède un potentiel énorme pour ce qui est d'améliorer la productivité, les services et la gestion du risque. Les institutions financières canadiennes doivent continuer d'innover si elles veulent rester compétitives dans un environnement qui évolue rapidement.
- Les institutions financières demeurent responsables des décisions qu'elles prennent, et une solide gouvernance, une supervision humaine et une saine gestion des risques doivent évoluer au même rythme que les technologies.
- Le BSIF appuie les principes du Conseil de stabilité financière pour l'adoption responsable de l'IA, qui préconisent notamment une gouvernance solide, une gestion efficace des risques, la transparence et une surveillance appropriée afin de contribuer à préserver la stabilité financière.
- De façon plus générale, le BSIF est neutre sur le plan technologique. Nous nous concentrons sur les risques associés à un produit, à un service ou à une activité, et non sur la technologie particulière utilisée. Cette approche soutient l'innovation et la concurrence au sein d'un système financier canadien solide et résilient.
- Le Centre canadien pour la cybersécurité jouit d'une excellente réputation, et son expertise peut s'avérer très utile pour le secteur. Il peut aider le secteur à trouver des moyens d'utiliser l'IA de manière responsable et sécuritaire.
Animatrice :
Monsieur le Surintendant, il vous reste deux années à votre mandat de sept ans, et je me demande si vous avez réfléchi à l'héritage que vous souhaitez laisser et à ce que vous avez accompli jusqu'à maintenant? Pouvez-vous nous expliquer comment vous envisagez cet aspect, notamment en comparant le BSIF dont vous avez pris les rênes à celui d'aujourd'hui, et nous dire ce que vous espérez accomplir au cours des deux prochaines années? Et, dans le même ordre d'idées, à quoi devrions-nous tous réfléchir au-delà de ces deux années? Quels sont les risques qui vous préoccupent le plus?
Surintendant – Peter Routledge :
- J'ai tendance à ne pas réfléchir en termes d'héritage personnel. Je me suis surtout concentré sur la nécessité de faire en sorte que le BSIF et le système financier canadien soient prêts à composer avec un monde plus incertain et en évolution rapide.
- Au cours des cinq dernières années, nous avons considérablement modernisé nos capacités en matière de surveillance, de politiques, d'approbations et d'analytique, afin d'être mieux outillés pour nous adapter à l'évolution des conditions financières et économiques tout en maintenant la stabilité financière comme principal objectif.
- Au cours des deux prochaines années, ma priorité sera de continuer à faire du BSIF une organisation davantage axée sur ses priorités, souple et tournée vers l'avenir, tout en maintenant la confiance que la population canadienne accorde à notre système financier. Il s'agira notamment de veiller à ce que notre cadre de réglementation demeure efficace et adapté aux nouveaux risques et aux nouvelles possibilités, d'examiner si certains aspects de ce cadre pourraient être améliorés afin de favoriser la concurrence et la croissance sans créer de risque important pour la stabilité financière, et de continuer à prendre nos décisions en nous fondant sur des données probantes, le jugement prudentiel et notre mandat.
- Au-delà de cette période, les risques les plus importants sont ceux qui se combinent et se renforcent mutuellement : l'incertitude géopolitique, les risques liés à la sécurité et à la sécurité nationale, les risques liés aux technologies et les cyberrisques, les événements liés aux changements climatiques, ainsi que les vulnérabilités qui apparaissent à l'extérieur des limites traditionnelles du cadre réglementaire. Pour les organismes de réglementation, le défi consistera à maintenir la résilience dans un monde où les changements surviennent plus rapidement et où les risques peuvent se propager plus vite dans un système de plus en plus interconnecté.
Animatrice :
Au cours des deux dernières années, nous avons constaté un regain d'intérêt de la part du gouvernement fédéral pour l'expansion des activités pétrolières et gazières, ainsi qu'une évolution de l'opinion publique en faveur d'une augmentation des investissements dans des infrastructures comme les pipelines. Cette situation s'explique en grande partie par le contexte géopolitique et l'incertitude économique, ainsi que par la volonté d'investir davantage dans l'économie canadienne et de miser sur l'une de nos forces, soit nos ressources naturelles. La question des changements climatiques a fait l'objet d'une grande attention au cours de la dernière décennie, et la ligne directrice B‑15 du BSIF a constitué votre première incursion dans ce domaine et dans la gestion des risques climatiques. Les assureurs doivent maintenant, par exemple, communiquer publiquement les données sur leurs « émissions assurées ». Toutefois, dans le contexte actuel, où le balancier est revenu en faveur des investissements dans les capacités de production pétrolière et gazière, estimez-vous que les exigences de la ligne directrice B‑15 risquent de créer des obstacles à de nouveaux investissements ou à des produits comme l'assurance? Comment le secteur, les organismes de réglementation et le gouvernement peuvent-ils concilier ces priorités concurrentes?
Surintendant – Peter Routledge :
- La ligne directrice B-15 n'a pas pour objet d'encourager ou de décourager les investissements dans un secteur, une catégorie d'actifs ou une activité commerciale en particulier. Elle vise plutôt à renforcer la gestion des risques en aidant les institutions à comprendre, à évaluer et à gérer les risques financiers liés aux changements climatiques.
- La ligne directrice B-15 incite les institutions à mesurer leurs expositions liées au climat à mesure qu'elles évoluent et à comprendre où les risques peuvent se concentrer; cela les aide à prendre des décisions plus éclairées, à renforcer leur résilience et à gérer plus efficacement les risques et les possibilités liés au climat.
- Notre approche est prudentielle et non dictée par des considérations de politique publique. Les décisions relatives à l'affectation des fonds propres relèvent des institutions. Notre rôle consiste à veiller à ce que les risques soient compris, gérés et pris en compte dans les décisions.
- Cela revêt une importance particulière dans le contexte actuel. Le Canada cherche à favoriser la croissance économique, la sécurité énergétique et le développement des infrastructures, tout en continuant de faire face aux risques physiques et aux risques de transition associés aux changements climatiques.
- En définitive, une solide gestion des risques et la croissance économique vont de pair. Lorsque les risques sont bien compris et gérés adéquatement, les institutions sont mieux placées pour soutenir les investissements, l'innovation, le développement énergétique et la croissance économique à long terme.
Animatrice :
Le Bureau d'assurance du Canada (BAC) et le secteur collaborent avec le BSIF à l'évolution continue du cadre canadien de réassurance, alors que les risques de catastrophe deviennent plus fréquents et plus graves. Nous avons accueilli favorablement la décision récente du BSIF de reconnaître les obligations catastrophe comme étant une forme supplémentaire de transfert des risques. Pour l'avenir, comment envisagez-vous l'évolution du cadre de surveillance canadien afin de favoriser le recours efficace et concret aux formes traditionnelles et émergentes de transfert des risques, tout en maintenant de solides mesures de protection prudentielle et en veillant à ce que le Canada demeure un territoire concurrentiel à l'échelle internationale pour attirer la capacité et les capitaux de réassurance à l'échelle mondiale?
Surintendant – Peter Routledge :
- La réassurance demeure un élément essentiel de la résilience du secteur canadien de l'assurance, particulièrement à mesure que les risques de catastrophe deviennent plus fréquents et plus graves.
- La reconnaissance des obligations catastrophe témoigne d'un principe plus général : les cadres de surveillance devraient évoluer au même rythme que les marchés et l'innovation, pourvu que la protection des titulaires de police et une saine gestion des risques soient maintenues.
- Notre objectif n'est pas de favoriser un outil de transfert des risques plutôt qu'un autre. Il consiste à offrir aux assureurs des solutions de rechange, en veillant à ce que le transfert des risques soit efficace, transparent et permette véritablement de transférer les risques.
- À l'avenir, nous continuerons d'adapter notre cadre à mesure que les marchés évoluent, tout en maintenant la résilience et la confiance qui sont les fondements d'un secteur de l'assurance solide.