Le surintendant Peter Routledge participe à un entretien informel organisé par VersaFi et PwC - Un Canada fort : un système financier prêt pour l’avenir

Discours - Toronto -

L'allocution prononcée fait foi

Animateur :

Dans son dernier Regard annuel sur le risque, le BSIF met l'accent sur les risques liés aux prêts garantis par un bien immobilier, aux institutions financières non bancaires, et à la liquidité et au financement, qu'il considère comme des axes prioritaires. Comment le BSIF s'adapte-t-il à l'évolution de ces risques, et sur quoi les institutions devraient-elles se concentrer dans ce contexte?

Superintendent Peter Routledge:

  • Nous nous adaptons en renforçant notre vigilance à l'égard des risques les plus importants, notamment les expositions sur immobilier, les risques qui se développent en dehors du système bancaire classique et la liquidité en situation de tensions, et en anticipant la manière dont ces risques sont susceptibles d'évoluer et d'influer les uns sur les autres.
  • Le risque de crédit reste central, et c'est pourquoi nous avons lancé une consultation sur une nouvelle ligne directrice portant sur la gestion du risque de crédit. Notre objectif est d'aider les institutions à mieux évaluer et gérer ce risque dans l'ensemble de leurs portefeuilles, en particulier lorsque les conditions évoluent.
  • En ce qui concerne les institutions financières non bancaires, nous nous concentrons sur des domaines comme l'effet de levier, l'interdépendance et les concentrations. À ce stade, les risques sont davantage circonscrits que systémiques, mais ils prennent de l'ampleur. Surveillance et rigueur sont donc essentielles.
  • En matière de liquidité, le système reste solide. La principale vulnérabilité tient à la rapidité avec laquelle la situation peut évoluer. C'est pourquoi nous peaufinons notre cadre et mettons l'accent sur la préparation.
  • Dans l'ensemble, le message adressé aux institutions est clair : continuez de vous imposer une discipline rigoureuse en matière de risque, assurez-vous de bien comprendre vos expositions et soyez prêt à agir rapidement lorsque les conditions évoluent.

Animateur :

Dans un contexte marqué par une incertitude géopolitique persistante, des évolutions technologiques rapides et des conditions économiques changeantes, comment le BSIF utilise-t-il ses outils de réglementation et de surveillance pour renforcer la résilience du système financier canadien?

Superintendent Peter Routledge:

  • Nous utilisons nos outils de réglementation et de surveillance de manière plus ciblée et davantage tournée vers l'avenir, en nous concentrant sur les risques les plus importants et en exprimant clairement nos attentes aux institutions.
  • Sur le plan de la réglementation, cela se traduit par la priorisation de projets clés et l'adoption d'une approche plus rigoureuse à l'égard du programme stratégique global. Nous avons notamment retiré plus de 300 pages de consignes redondantes ou obsolètes afin d'améliorer la clarté des attentes et d'éliminer tout fardeau inutile. Il est ainsi plus facile de se concentrer sur les risques les plus importants.
  • Sur le plan de la surveillance, nous continuons à axer nos travaux sur la détection précoce des risques et sur la collaboration directe avec le conseil d'administration et la haute direction des institutions. Nous adaptons par ailleurs la façon dont nous communiquons nos attentes en tenant compte de la complexité des risques et des liens qui existent entre eux.
  • Parallèlement, nous ajustons les exigences lorsque des éléments probants le justifient, afin de nous assurer que les niveaux de fonds propres et de liquidités restent adaptés aux risques sous‑jacents, permettent aux institutions de continuer à octroyer des prêts et soutiennent l'activité économique.

Animateur :

Les faits nouveaux à l'échelle internationale, dont les changements récemment apportés aux régimes de fonds propres dans d'autres pays, ont remis la question de la compétitivité à l'ordre du jour. Que pense le BSIF de l'équilibre entre le maintien d'une forte résilience au Canada et la nécessité de veiller à ce que les institutions canadiennes restent compétitives à l'échelle mondiale?

Superintendent Peter Routledge:

  • Nous partons du principe que résilience et compétitivité ne sont pas nécessairement des objectifs contradictoires. Un système financier bien capitalisé et bien géré est une source de vigueur pour l'économie et constitue en soi un avantage concurrentiel.
  • Nous examinons également de près comment notre régime de fonds propres soutient la comparaison avec les régimes d'autres pays. Que ce soient les exigences des lignes directrices Normes de fonds propres (pour les banques) ou Test de suffisance du capital des sociétés d'assurance vie, Test du capital minimal ou Test de suffisance du capital pour les sociétés d'assurance hypothécaire (pour les assureurs), nous comparons nos exigences à celles d'autres pays afin de nous assurer qu'elles restent bien ajustées et que les institutions canadiennes ne se retrouvent pas en situation de désavantage indu.
  • Cela suppose notamment de se pencher sur l'ajustement des coefficients de pondération du risque et de différents outils comme la réserve pour la stabilité intérieure. Nous les ajustons lorsque des données probantes le justifient afin de tenir compte du risque sous‑jacent, tout en maintenant de solides garde-fous.
  • De manière plus générale, notre approche est pragmatique et fondée sur des données factuelles. Nous sommes disposés à procéder à des ajustements ciblés, que ce soit au niveau des fonds propres, du calendrier de mise en œuvre ou de la simplification des politiques, pour nous assurer que les cadres restent équilibrés, sensibles aux risques et en phase avec l'évolution du contexte.
  • Au bout du compte, l'objectif est de maintenir un système suffisamment solide pour résister aux chocs, et qui reste compétitif et capable de soutenir la croissance économique à long terme.

Animateur :

Question de suivi : Comment comptez-vous garantir des conditions de concurrence équitables entre les institutions nationales et les institutions étrangères présentes au Canada?

Superintendent Peter Routledge:

Nous avons récemment publié une note technique sur l'analyse comparative des ratios de fonds propres des banques canadiennes par rapport à ceux des banques étrangères. Voici ce qu'il faut en retenir :

  1. Les banques canadiennes détiennent des niveaux de fonds propres qui sont bien supérieurs aux attentes sur le plan de la surveillance.
  2. Le régime de fonds propres du Canada est proportionnel et bien équilibré.
  3. Les banques d'importance systémique canadiennes figurent parmi les plus rentables à l'échelle mondiale.

Animateur :

Le système énergétique canadien change : les risques physiques liés au climat et les risques liés à la transition énergétique pourraient avoir une incidence sur les bilans des institutions financières. Comment le BSIF évalue-t-il ces risques, et quels outils de surveillance utilise-t-il pour garantir la sûreté et la solidité des institutions dans un contexte d'incertitude?

Superintendent Peter Routledge:

  • Nous abordons la question du climat sous l'angle du risque financier. Les risques physiques et de transition sont importants dans la mesure où ils influent sur les bilans des institutions par l'intermédiaire du risque de crédit, de la valeur des actifs, des passifs d'assurance et des activités.
  • Pour nous, le plus important est de bien comprendre l'exposition, ce qui implique des données de meilleure qualité, une évaluation plus précise et une analyse de scénarios. Pour y parvenir, nous avons notamment utilisé des outils comme l'exercice normalisé d'analyse de scénarios climatiques, dont la description et les résultats sont présentés sur notre site Web, et nos nouveaux relevés sur les risques climatiques.
  • Sur le plan de la surveillance, nous avons défini des attentes claires dans la ligne directrice B‑15, Gestion des risques climatiques. Ces attentes portent notamment sur la gouvernance, la gestion des risques et la communication d'informations, et nous nous attendons à ce que le conseil d'administration et la haute direction des institutions comprennent bien où ces risques sont présents et comment ils sont gérés.
  • Nous ne cherchons pas à prédire des résultats précis ni à définir une politique climatique. Notre rôle est de veiller à ce que les institutions recensent, évaluent et gèrent ces risques d'une manière qui leur permet de rester résilientes même lorsque la situation change. Les résultats de ces travaux sont affichés sur notre site Web.

Animateur :

Que ce soient les cryptomonnaies stables ou la conversion en jetons, les actifs numériques et les innovations financières évoluent rapidement. Comment le BSIF aborde-t-il ces avancées de manière à soutenir l'innovation tout en maintenant la confiance dans le système financier?

Superintendent Peter Routledge:

  • Nous adoptons une approche réfléchie et fondée sur la collaboration, guidés par un principe simple : « avant tout, ne pas nuire ». Les services financiers ne nous ont pas attendus pour innover, et nous voulons que cette innovation se fasse à l'intérieur du périmètre réglementé, où elle cadre avec les normes prudentielles et fait l'objet d'une surveillance appropriée. Je pense ici notamment à des domaines comme la conversion en jetons, les cryptomonnaies stables et la numérisation plus large des services financiers.
  • Des initiatives comme le Forum sur l'intelligence artificielle dans le secteur des services financiers du Global Risk Institute (institut du risque mondial) nous donnent l'occasion de collaborer avec des acteurs de secteur pour mieux cerner les risques émergents et mettre au point des approches d'encadrement adaptées à mesure que ces technologies évoluent.
  • Ce travail met en évidence l'importance d'une gouvernance solide, d'une responsabilisation claire et d'un suivi continu. À mesure que les institutions adoptent des technologies plus avancées, notamment des systèmes basés sur l'intelligence artificielle (IA), les avantages potentiels augmentent, mais les risques aussi, en particulier en ce qui concerne l'utilisation des modèles, l'intégrité des données et la résilience opérationnelle.
  • Parallèlement, nous continuons à nous concentrer sur les risques fondamentaux, notamment les risques liés à l'intégrité et à la sécurité, conscients que des environnements plus complexes et axés sur la technologie peuvent accentuer certaines vulnérabilités, comme la fraude, les cybermenaces et la dépendance vis-à-vis de tiers.

Animateur :

Question de suivi : Selon vous, quels sont les principales occasions et les principaux risques qui se profilent pour le système financier canadien?

Superintendent Peter Routledge:

  • Ces avancées présentent des occasions, car l'innovation peut améliorer l'efficacité, élargir l'accès aux services financiers et favoriser la dynamique et la compétitivité des marchés, surtout lorsque les institutions adoptent de nouvelles technologies et de nouveaux modèles d'affaires.
  • Elles présentent toutefois aussi des risques, car si ces avancées ne sont pas bien comprises et encadrées, elles peuvent créer de nouvelles vulnérabilités, notamment une transparence réduite, une complexité opérationnelle accrue et un plus grand degré d'interdépendance au sein du système, ce qui peut rendre les risques plus difficiles à détecter et à gérer.

Animateur :

L'intelligence artificielle fait de plus en plus partie intégrante des services financiers. Du point de vue de la surveillance, quelles occasions et quels risques est-ce que cela présente, et comment le conseil d'administration et la haute direction des institutions devraient-ils aborder la supervision de ces risques et occasions?

Superintendent Peter Routledge:

  • L'IA ouvre véritablement le champ des possibilités pour les institutions financières : elle leur permet notamment de réaliser des analyses plus fines, de gagner en efficacité et de prendre des décisions plus éclairées. Toutefois, si elle n'est pas bien gérée, elle peut aussi amplifier les risques dont ceux liés à l'utilisation des modèles, à la qualité des données, aux biais, à la fraude et à la résilience opérationnelle.
  • Du point de vue de la surveillance, ce n'est pas la technologie en elle-même qui nous intéresse, mais la manière dont elle est utilisée et gérée. Nous nous attendons à ce que le conseil d'administration et la haute direction des institutions sachent de quelle manière l'IA est utilisée au sein de leur institution et comment les risques connexes sont gérés dans la pratique.
  • De manière plus générale, nous adoptons une approche réfléchie et flexible. Nous approfondissons nos connaissances, échangeons avec les acteurs du secteur et évitons d'imposer une réglementation prématurée, tout en veillant à ce que les institutions continuent de devoir rendre des comptes quant aux effets de ces outils sur leur résilience.

Animateur :

Question de suivi : En quoi l'IA se distingue-t-elle, ou non, des précédentes vagues de changements technologiques du point de vue des risques et de la gouvernance?

Superintendent Peter Routledge:

  • Les changements apportés par l'IA ne se limitent pas à des questions de rapidité et d'ampleur; l'IA modifie aussi la façon dont les décisions sont prises et les responsabilités, définies. Plus ces systèmes sont intégrés, plus il devient difficile de déterminer d'où viennent les décisions, d'où l'importance de définir clairement les responsabilités.
  • Voilà pourquoi la gouvernance doit évoluer au même rythme que la technologie. Comme nous l'avons souligné dans le cadre de nos travaux sur l'IA et de notre consultation sur la responsabilisation des cadres dirigeants, les institutions se doivent de définir clairement les responsabilités, d'exercer une supervision rigoureuse et d'obliger les cadres dirigeants à rendre compte des résultats, même lorsque les décisions s'appuient sur des modèles complexes.

Animateur :

D'après vous, qu'est-ce qui distinguera les institutions financières et les dirigeants canadiens les plus résilients et les plus compétitifs au cours des 5 prochaines années?

Superintendent Peter Routledge:

  • Les institutions qui se démarqueront seront celles qui disposent d'assises solides. Les fonds propres, la liquidité et la gouvernance restent les piliers de la résilience, en particulier dans un contexte marqué par une incertitude accrue et un environnement qui évolue rapidement.
  • Au-delà de cela, tout est une question de jugement. La capacité à cerner rapidement les risques émergents, à remettre en question les hypothèses et à prendre des décisions dans un contexte d'incertitude constituera un facteur clé de différenciation.
  • Nous nous attendons également à ce que les institutions se montrent capables de s'adapter, ce qui passe notamment par l'intégration responsable des nouvelles technologies, tout en continuant de faire preuve de rigueur sur le plan de la gestion du risque et de la résilience opérationnelle.
  • Pour ce qui est des dirigeants, ce qui fera la différence, c'est la clarté et la responsabilisation. Il sera plus important que jamais qu'ils assument clairement la responsabilité des risques, assurent une remise en question efficace et soient capables d'aligner la stratégie sur la propension à prendre des risques de l'institution.

Animateur :

En conclusion, quel message aimeriez-vous que retienne notre auditoire concernant le renforcement du système financier canadien dans les années à venir?

Superintendent Peter Routledge:

  • Je dirais que, ce qu'il faut retenir, c'est que la résilience n'est pas quelque chose de figé. Il faut constamment être à l'affût des risques émergents, faire preuve de rigueur en matière de prise de décisions et savoir s'adapter à l'évolution de la situation.
  • Les systèmes les plus robustes reposent sur des assises claires, mais aussi sur la qualité du jugement. Dans un environnement plus complexe, c'est ce qui fait vraiment la différence.
  • Les institutions qui se donnent les moyens de comprendre les risques auxquels elles sont exposées, de renforcer leur gouvernance et de développer leur capacité d'adaptation seront celles qui seront les mieux placées pour garantir leur résilience et leur compétitivité à long terme.
  • En fin de compte, la résilience tient essentiellement à la qualité des décisions prises par les institutions, surtout en période d'incertitude.