Mot d’ouverture de Sanjiv Talwar, surintendant auxiliaire, communication préparée pour la conférence automnale de l’IACMP, webémission, le 20 novembre 2020

Introduction

Merci, Til, et je remercie les organisateurs, l’IACPMNote de bas de page * et les commanditaires de m’avoir invité aujourd’hui.

J’aborderai en premier lieu la réponse du BSIF à la COVID-19.

Depuis le début de la pandémie, et aujourd’hui encore, la réponse du BSIF repose sur la reconnaissance des défis et la prise de décisions crédibles, cohérentes, nécessaires et adaptées à son objectif.

Les mesures que nous avons prises ont également fait fond sur la transparence du régime et solidité des voies de communication avec nos vis-à-vis fédéraux et les institutions financières elles-mêmes. Bon nombre de ces liens ont été forgés à la suite de la dernière crise mondiale et ont servi à renforcer la résilience qui nous a si bien servis pendant cette crise.

Les réformes instaurées depuis 2008 se sont traduites par une amélioration de la qualité et de la quantité des fonds propres et de la liquidité des banques, lesquelles disposaient ainsi de réserves essentielles lorsque la pandémie a débuté et que la volatilité caractérisait les marchés. En outre, de nouvelles mesures ont été mises en œuvre pour les banques d’importance systémique et de nouveaux outils de réglementation contracycliques ont été créés. On a également mis l’accent sur l’amélioration de l’efficacité des surveillants.

Jusqu’à présent, les outils issus de la dernière crise ont démontré leur efficacité, même si le risque provenait de l’extérieur du secteur financier. Reste à voir ce qui reste à notre disposition advenant d’autres perturbations, et plus près encore de notre propos, quelles leçons tirons-nous maintenant qui pourraient mener à davantage de réformes réglementaires?

Il serait juste de dire qu’au début de la pandémie, les perspectives économiques mondiales soulevaient des inquiétudes. Au Canada, nous surveillions et évaluions de près certains dossiers préoccupants. Par exemple, la pandémie a accru la pression sur les ménages et les entreprises très endettés tandis que les déséquilibres des actifs sont demeurés importants. De plus, étant donné que notre économie dépend du commerce, une croissance mondiale plus faible signifie que certains risques externes peuvent se propager au système financier canadien.

Le rythme de la reprise économique est difficile à prévoir et les taux d’intérêt devraient demeurer bas à court terme. Cela peut atténuer certaines contraintes à court terme, mais il en découlera des défis à long terme, tant pour le secteur privé qu’au chapitre du soutien et de la souplesse des politiques budgétaires et monétaires.

Les institutions et les organismes de réglementation ont l’expérience d’un régime ayant fait ses preuves pour gérer les risques financiers plus traditionnels. Toutefois, les éléments que nous, au BSIF, et les autres organismes de réglementation examinons de plus près sont les risques non financiers – ceux qui se rapportent aux personnes, à la technologie et à la culture organisationnelle – et la façon de mettre en place la résilience opérationnelle. La COVID-19 a amplifié ces risques et mis à l’épreuve l’efficacité des mesures réglementaires traditionnelles.

Malgré l’évolution rapide de la pandémie, les mesures prises dans le monde entier pour sauver des vies et prévenir l’effondrement économique auront des effets durables.

Les gens ont dû adopter de nouvelles procédures pour assurer leur sécurité au travail, ou s’adapter au travail à domicile. Certains cherchent un nouvel emploi dans un marché de l’emploi indéniablement difficile.

Dans une large mesure, la suppression des interactions sociales et professionnelles régulières a entraîné des tensions au niveau individuel. Dans bien des cas, cela a mené à une prise de conscience accrue de l’importance des liens humains et des limites des solutions technologiques.

L’un des bénéfices avérés de rester chez soi est sans contredit la réduction mesurable des émissions de gaz à effet de serre. Cela rend évidentes la contribution humaine aux changements climatiques et les possibilités qui s’offrent à nous si les solutions vertes sont adoptées à plus grande échelle. Le BSIF continue de mettre l’accent sur les risques prudentiels associés aux changements climatiques.

Nous reconnaissons que tous, y compris le secteur financier, devront s’ajuster à la nouvelle réalité des changements climatiques. Nos récents travaux comprennent le lancement d’un projet pilote avec la Banque du Canada qui consiste à utiliser des scénarios liés aux changements climatiques afin de mieux comprendre les risques que la transition vers une économie à faibles émissions de carbone comporte pour le système financier. Et dans un avenir rapproché, nous lancerons un document de travail visant à mieux définir les domaines à l’égard desquels nous pouvons contribuer de façon tangible à la résilience du secteur financier face aux risques découlant des changements climatiques.

S’ajoute à ces risques l’attention accrue portée aux inégalités sociales, aux disparités économiques et à l’incertitude politique mondiale. La somme de tous ces facteurs crée un environnement propice à des changements importants en ce qui a trait au comportement et aux attentes des clients et, plus généralement, des citoyens.

Tous ces changements exercent des pressions sur les cultures organisationnelles traditionnelles. Les gens doivent relever de nouveaux défis dans leur façon de travailler les uns avec les autres et d’interagir avec les clients. Les institutions doivent modifier leur façon de prioriser les risques et d’y réagir. Cela comprend l’examen de leur propension à prendre des risques et la façon dont leur culture contribue à des résultats résilients.

En 2019, le BSIF a créé une nouvelle division dont le mandat consiste essentiellement à se pencher sur les risques liés à la culture et à la déontologie. Sa première tâche a été d’élaborer une approche pour recueillir et analyser l’information. Elle possède l’expertise nécessaire pour s’assurer que nous pouvons atteindre le juste équilibre requis de notre mandat.

Elle a ensuite utilisé cette information pour mettre sur pied le Comité consultatif externe sur la culture, qui fournit des conseils pratiques sur l’amélioration de la surveillance des cultures dans les institutions. Notre travail a récemment porté sur la façon dont le passage au télétravail peut influer sur la culture d’une institution et le comportement de ses employés.

Les plans de développement et de croissance du secteur financier misent largement sur la technologie pour améliorer les services et réduire les coûts. Les organismes de réglementation du monde entier ont cherché des moyens de surveiller l’évolution de la situation et de tenir compte des forces concurrentielles qui évoluent souvent plus vite que nos propres processus d’établissement de règles.

Les réponses des entreprises à la COVID-19 faisaient presque toujours une place à un important déplacement des opérations vers les plateformes numériques et les tiers. Cela augmente la portée et les impacts potentiels des cyberrisques. Cela, conjugué aux progrès rapides de l’intelligence artificielle, à l’apprentissage automatique ainsi qu’au stockage et à l’analyse des données dans la salle des marchés et par les services administratifs, complique le travail des institutions comme des organismes de réglementation.

Conscient que l’expertise technologique se trouve également à l’extérieur du secteur financier, le BSIF a publié un document de travail sur le risque lié à la technologie dans le but d’élargir la gamme des données qu’il recueille à l’appui de son mandat prudentiel. Ce document tient compte du fait que d’autres organismes de réglementation évoluent à des rythmes différents, avec des objectifs différents et des trousses d’outils différentes.

C’est pourquoi le BSIF participe aux travaux de nombreux organismes internationaux de normalisation comme le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire et le Conseil de stabilité financière, mais cela prend du temps. En l’absence de consensus, il incombe aux organismes de réglementation financière d’examiner leurs pratiques juridictionnelles pour voir où ces risques peuvent se traduire par des risques prudentiels graves, mais plausibles pour les institutions.

Cela peut créer un contexte difficile pour les institutions, mais il est dangereux de sous-estimer les conséquences potentielles d’une mauvaise gestion du risque lié à la technologie ou d’une réglementation déficiente. Étant donné la rapidité des innovations et de leur adoption, l’évolution de la technologie demeurera une priorité pour les années à venir.

L’une des leçons de la situation actuelle a été de trouver des moyens d’améliorer la résilience opérationnelle. Il s’agit de mettre l’accent sur les résultats plutôt que sur la seule gestion du risque opérationnel. Le Comité de Bâle mène des travaux de sensibilisation sur un certain nombre de principes provisoires. Une fois adoptés, ces principes feront progresser la référence de la résilience opérationnelle face à un plus large éventail de risques.

Plus concrètement, la résilience opérationnelle consiste à reconnaître que l’incertitude entourant la COVID-19 fait partie du contexte actuel et à court terme. Cela étant, nous demeurons prêts à intervenir si la situation ne s’améliore pas aussi rapidement que nous l’espérons tous.

Il nous incombe à tous – particuliers, institutions et organismes de réglementation – de réfléchir à ce que nous pouvons faire pour bâtir quelque chose de mieux, de plus durable et de plus résilient.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page *

Ces remarques ont été prononcées dans le cadre d’une discussion de groupe avec d’autres organismes de réglementation lors de la première conférence virtuelle d’automne de l’International Association of Credit Portfolio Managers (IACPM).

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