Le surintendant Peter Routledge participe à un entretien informel chez Professionnels hypothécaires du Canada

Discours - Virtuel -

L'allocution prononcée fait foi

Animateur :

Merci d’abord de participer à cet entretien. Nous attendions avec impatience cette occasion de nous entretenir avec vous. Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous aimerions en savoir un peu plus sur vous et sur votre parcours. Vous êtes à la tête du BSIF depuis 2021, et vous avez occupé un certain nombre de postes au sein de la fonction publique avant cela. Vous avez aussi travaillé dans le secteur financier, notamment à titre de directeur général de la recherche à la Banque Nationale, et vous avez dirigé le groupe des institutions financières canadiennes chez Moody’s Canada. Nous aimerions savoir comment ce parcours a contribué à forger votre expérience et à vous donner une perspective assez unique du secteur financier canadien.

Surintendant Peter Routledge :

  • Au fil de ma carrière, j’ai eu l’occasion de découvrir le système financier sous de multiples angles. J’ai certes passé beaucoup de temps dans la fonction publique, mais j’en ai aussi passé beaucoup au sein du marché. Voir le système à la fois selon la perspective des institutions ainsi que dans une optique de surveillance m’a permis d’acquérir une précieuse expérience.
  • Cette expérience combinée a notamment mis en relief l’importance d’assurer un juste équilibre. Les marchés ont besoin de la confiance, les institutions ont besoin de clarté, et les surveillants doivent être à la fois fermes et pragmatiques. Du fait que mon expérience englobe les conseils d’administration, les équipes de direction, les investisseurs et les organismes de réglementation, je suis très conscient de la façon dont les attentes en matière de surveillance se répercutent sur le monde réel.
  • Cela a d’ailleurs influé sur la façon dont je conçois la résilience et le risque. Pour bâtir des institutions solides au fil du temps, il faut miser sur une saine gouvernance, sur une gestion efficace du risque et sur une discipline rigoureuse en matière de prise de décisions. La surveillance est d’autant plus efficace si elle sert à renforcer ces principes de base, au lieu de se contenter de réagir après coup lorsque des problèmes surviennent.
  • Mais dans le cadre de chacun de ces rôles, l’un des facteurs qui présentent toujours la même importance est la confiance. Peu importe s’il s’agit d’un organisme de réglementation, d’un prêteur ou d’un courtier, la confiance à l’endroit du système est la condition qui fait en sorte que les gens continuent de faire des affaires même dans un climat d’incertitude. Je dirais que, au final, c’est ce qui détermine ma façon d’aborder mon rôle actuel.

Animateur :

Vous avez récemment indiqué que le BSIF continuera de recourir à la fois aux simulations de crise et à l’application de limites associées au ratio prêt-revenu (RPR). Cependant, vous avez laissé entendre par le passé que le Bureau allait envisager la possibilité de délaisser les simulations de crise et de miser plutôt sur les limites associées au RPR. Dans quel sens va évoluer la réglementation des prêts hypothécaires selon vous?

Surintendant Peter Routledge :

  • Tout d’abord, je réalise que, lorsqu’il est question des prêts hypothécaires non assurés, le taux admissible minimal est un facteur empirique qui a une incidence directe sur les décisions de souscription des banques. Dans sa ligne directrice B‑20, qui porte sur les pratiques et procédures de souscription de prêts hypothécaires résidentiels, le BSIF indique qu’il s’attend à ce que les prêteurs tiennent compte des conditions futures lorsqu’ils établissent le taux admissible applicable aux prêts hypothécaires non assurés. Plus précisément, le BSIF établit un critère particulier à l’égard du principe de souscription que l’on appelle la « simulation de crise des taux d’intérêt hypothécaires » (ou du taux admissible minimal pour les prêts hypothécaires non assurés). Je dois avouer que nous ne sommes généralement pas enclins à établir des critères aussi précis ou des règles aussi détaillées dans le cas d’autres questions réglementaires.
  • Je peux donc tout à fait comprendre vos clients qui pourraient considérer qu’il s’agit d’un fardeau réglementaire imposé par une entité gouvernementale peu connue, en l’occurrence le BSIF. Nous demeurons donc ouverts aux commentaires des prêteurs, et de l’ensemble des institutions que nous réglementons, sur la façon d’adapter notre cadre réglementaire de manière à ce qu’il contribue à maintenir la confiance dans le système financier et la croissance économique.
  • C’est dans ce but que nous avons entrepris un ambitieux programme de modernisation de la réglementation – afin de réduire le nombre de dispositions réglementaires superflues, de raccourcir les délais d’établissement des institutions au sein du système bancaire, et de réduire également la somme de capitaux requis pour effectuer certains investissements. De nombreux autres enjeux sont également à l’étude.
    • Au cours des 18 derniers mois, le BSIF a procédé à l’examen du contenu réglementaire le plus complet de son histoire. Au total, il a éliminé 52 documents, ce qui représente plus de 600 pages de contenu en anglais et en français.
    • Nous simplifions notre cadre d’approbation en ajustant les actifs pondérés en fonction du risque à l’égard des prêts des petites et moyennes institutions de dépôts.
    • Nous menons des consultations à propos d’une ligne directrice détaillée portant sur la gestion du risque de crédit (GRC) dans le but de resserrer les pratiques adoptées par les institutions pour gérer ce risque. La ligne directrice en question servira à regrouper et à rationaliser les attentes réglementaires existantes ainsi qu’à intégrer des pratiques exemplaires internationales en matière de risque de crédit. Le fait pour le BSIF d’exposer plus clairement ses attentes et de les regrouper dans une seule et même ligne directrice vise à accroître l’efficience de la réglementation et de la surveillance.
  • Cela dit, malgré notre ouverture en matière de modernisation de la réglementation, les prêteurs sous réglementation fédérale n’ont pas demandé que l’on supprime le TAM ou que l’on modifie de quelque façon que ce soit la ligne directrice B-20. Ils nous ont plutôt demandé de poursuivre les efforts de modernisation que je viens de mentionner.
  • Je pense que cela tient au fait que les prêteurs aiment bien le TAM. Ils l’apprécient parce que le TAM allège leurs coûts et il élimine une possible source de rivalité portant sur les normes de prêt ayant trait au service de la dette. Comme en fait état un document de recherche de la Banque du Canada, le TAM réduit les taux de défaillance sur les prêts hypothécaires, ce qui se traduit par une diminution des pertes de crédit sur prêts hypothécaires.
  • Nous demeurons ouverts aux demandes et aux idées des entités que nous réglementons à propos de la modernisation de la réglementation, ce qui inclut la ligne directrice B-20. Cependant, elles doivent en prendre l’initiative. Nos efforts de modernisation de la réglementation sont axés sur les priorités exprimées par les institutions que nous réglementons, et non sur nos priorités à nous.
  • Les limites associées au RPR ont une incidence directe uniquement sur les institutions, et non sur les emprunteurs. Je m’explique.
  • La limite applicable au volume de prêts hypothécaires assortis d’un ratio prêt‑revenu élevé (c’est-à-dire supérieur à 450 %) constitue un seuil repère. Cela revient essentiellement à fixer un plafond à l’égard du nombre de prêts hypothécaires à ratio prêt-revenu élevé qu’une institution peut accorder au cours d’une période donnée. Une institution peut être en mesure d’accorder 20 % ou 25 % de ses prêts hypothécaires à des emprunteurs dont le RPR est élevé, et elle a le droit de décider de la distribution de ce plafond.
  • Lorsque les taux d’intérêt sont très bas, cette limite prévient le surendettement ainsi qu’une éventuelle flambée des prix des maisons. À l’heure actuelle, la proportion de prêts hypothécaires non assurés qui donnent lieu à un ratio prêt‑revenu supérieur à 450 % se situe en gros entre 16 % et 18 %. Il faut ajouter que cet outil n’a d’effet contraignant sur pratiquement aucun de nos prêteurs réglementés. En fait, la mesure devient contraignante pour les institutions seulement à partir du moment où cette proportion atteint environ 25 %.
  • Nous tenons mordicus à éviter d’amorcer un autre cycle de surendettement pouvant mener à une hausse précaire des prix des maisons, comme cela s’est produit en 2020-2021. Les taux d’intérêt peu élevés avaient alors eu comme effet d’accroître la capacité d’emprunt et avaient engendré des pressions à la hausse sur le prix des maisons. Les ratios prêt-revenu supérieurs à 450 % ont doublé en proportion de l’ensemble des souscriptions, et l’augmentation a été encore plus importante si on la mesure d’après la valeur monétaire des prêts accordés. On a ainsi observé une hausse du prix des maisons de plus de 30 % d’une année à l’autre, et ce, pendant une période relativement longue.
  • L’instauration de limites associées au ratio prêt-revenu aurait permis de modérer la hausse du volume de prêts hypothécaires donnant lieu à un niveau d’endettement élevé, et ainsi de réduire le risque de crédit pour les portefeuilles de prêts hypothécaires des institutions financières.
  • Le projet pilote portant sur les limites associées au RPR a donné de bons résultats. L’application de limites associées au RPR sert à promouvoir la résilience financière en prévenant l’accumulation d’emprunteurs très endettés dans les portefeuilles de prêts hypothécaires résidentiels. Peu importe les décisions prises concernant la ligne directrice B-20, ces limites vont demeurer en vigueur.

Animateur :

Dans son bilan semestriel d’octobre dernier, le BSIF a fait état de certains risques qui planent sur l’économie canadienne en raison de l’incertitude croissante associée aux droits de douane, de la hausse du chômage et des pressions continues qui s’exercent sur le marché immobilier. Le volume des transactions sur le marché immobilier canadien demeure en deçà de la moyenne des 10 dernières années, et le nombre de prêts en souffrance, qui jusqu’à récemment n’avait à peu près jamais été aussi bas, affiche une remontée et revient aux niveaux observés avant la pandémie de COVID. Quels sont les risques qui vous préoccupent le plus en prévision de l’année à venir, et quelles sont les mesures prises par le BSIF pour s’y préparer?

Surintendant Peter Routledge :

  • Les risques auxquels nous portons la plus forte attention ne sont pas nouveaux, mais leurs interactions sont devenues plus complexes. Des facteurs comme le ralentissement de la croissance, l’essoufflement du marché du travail, l’incertitude commerciale et l’ajustement persistant du marché du logement ont des effets plus marqués lorsqu’ils se manifestent ensemble plutôt que de façon isolée.
  • La baisse des ventes et le recul des prix des maisons ne devraient pas nous surprendre : cela reflète l’ajustement du marché, après toutes les années où les taux d’intérêt ont été très bas. Les taux de prêts en souffrance demeurent peu élevés par rapport aux normes historiques, même si le nombre de prêts en souffrance après 90 jours et plus a augmenté au cours des deux dernières années, cette augmentation étant par ailleurs plus prononcée dans certaines régions, notamment à Toronto et à Vancouver.
  • En date de novembre 2025, on recensait environ 3,4 millions de prêts hypothécaires, soit 58 % de tous les prêts hypothécaires, qui devront être renouvelés d’ici la fin de 2027. Cela comprend 1,6 million de prêts hypothécaires à taux fixe et de prêts hypothécaires à taux variable et à versements fixes qui ont été octroyés avant mars 2022 et qui entraîneront probablement les plus fortes hausses des paiements de remboursement.
  • Nous sommes conscients du fait que de nombreux ménages doivent effectuer des paiements plus élevés, mais nous estimons que ces niveaux de service de la dette demeurent gérables à l’échelle du système. Grâce à une surveillance continue et à une gestion prudente du risque, le système financier canadien est tout à fait en mesure de traverser cette période marquée par des niveaux de service de la dette plus élevés, mais tout de même stables.
  • Le risque de crédit et le risque de liquidité demeurent de première importance. Une hausse du chômage ou des pressions liées au refinancement, même si elles sont modestes, peuvent avoir une incidence sur les revenus et les dépenses des ménages. Nous nous efforçons donc de veiller à ce que les institutions soient prêtes à composer avec ces tensions avant qu’elles se manifestent et qu’elles entraînent des pertes. Les mesures que prend le BSIF sont prospectives, et ce n’est pas un hasard. Des outils comme les limites associées au ratio prêt-revenu, de pair avec de saines attentes en matière de souscription et une surveillance rigoureuse au niveau des portefeuilles, peuvent permettre de renforcer rapidement la résilience, au lieu que l’on se contente d’intervenir lorsque les problèmes surviennent.

Animateur :

Il est fréquemment question du marché des immeubles en copropriété dans les médias, en particulier dans la région du Grand Vancouver et la région du Grand Toronto, mais aussi à d’autres endroits au pays. On soulignait dans votre Mise à jour semestrielle du Regard annuel sur le risque que les prix des logements en copropriété pourraient avoir des effets négatifs sur les prêts hypothécaires de placement, faire chuter la valeur des garanties et réduire l’intérêt des investisseurs pour les nouveaux projets de construction de logements collectifs. Une telle situation aurait des répercussions directes sur les emplois liés au secteur de la construction immobilière et exacerberait les tensions économiques. Pouvez-vous nous faire part de vos réflexions à ce sujet et à propos de la façon dont le BSIF donne suite à cette situation dans le contexte de ses travaux de surveillance?

Surintendant Peter Routledge :

  • Vous avez raison, nous surveillons de près les conditions du marché des immeubles en copropriété, particulièrement dans la région du Grand Vancouver et dans la région du Grand Toronto, où la concentration d’investisseurs est plus élevée et où les ajustements de prix peuvent avoir des effets de contagion sur la valeur des garanties et sur le comportement des emprunteurs.
  • Dans une optique de surveillance, le facteur le plus important est la façon dont les institutions gèrent leurs expositions et maintiennent une discipline de souscription, ce qui inclut de saines pratiques d’évaluation des garanties. Le système hypothécaire canadien a grandement bénéficié des robustes normes de souscription en vigueur, ces normes contribuant à limiter le risque même lorsque les conditions du marché deviennent moins favorables.
  • Une correction des prix et de l’activité du marché ne se traduit pas automatiquement par un risque systémique. Nous voulons déterminer s’il se produit une concentration des vulnérabilités, surtout lorsque l’endettement s’accroît ou lorsqu’il est possible qu’un risque de refinancement se manifeste.
  • Nous évaluons la gestion du risque à l’échelle du portefeuille, de même que les pratiques de souscription et de simulation de crise, sans oublier la supervision de la gouvernance, pour nous assurer que les institutions sont prêtes à composer avec des ajustements sur une base continue.
  • Une gouvernance rigoureuse et l’identification précoce des risques sont des aspects essentiels. Les institutions qui exercent une surveillance active du risque et qui ajustent rapidement leurs pratiques de gestion du risque sont plus à même d’absorber les effets des mouvements du marché et d’éviter que ces derniers se propagent davantage.

Animateur :

Depuis la crise financière mondiale, le BSIF a pris des mesures pour aider à bâtir un système financier national résilient, ce qui constitue un avantage stratégique majeur pour le Canada. Toutefois, il en est certains qui soutiennent que le fait d’imposer des exigences de fonds propres plus élevées et d’exercer une surveillance plus rigoureuse peut ralentir la croissance économique. Comment conciliez-vous ces deux impératifs : d’une part, assurer la résilience du système financier, et d’autre part maintenir la compétitivité de l’économie canadienne?

Surintendant Peter Routledge :

  • Nous avons récemment publié une note technique faisant suite à l’analyse comparative des ratios de fonds propres des banques canadiennes par rapport à leurs pairs étrangers.
  • Notre analyse révèle ce qui suit :
    • Les banques d’importance systémique canadiennes sont bien capitalisées et figurent parmi les plus rentables à l’échelle mondiale.
    • Les exigences de fonds propres applicables aux banques canadiennes sont comparables à celles de leurs principaux pairs étrangers.
    • Dans le cadre de ses activités de surveillance, le BSIF met l’accent sur les risques importants, tout en veillant à éviter dans toute la mesure du possible d’imposer inutilement un fardeau, à soutenir la stabilité financière et à permettre aux banques d’accorder des prêts et d’investir.
    • Les coefficients de pondération du risque lié aux prêts hypothécaires des banques canadiennes sont plus bas que ceux de nombre d’institutions comparables. Les portefeuilles de prêts hypothécaires canadiens ont affiché un solide rendement du crédit au fil du temps, et une part importante des prêts hypothécaires présentant un ratio prêt-valeur élevé sont assortis d’une assurance hypothécaire garantie par l’État.
  • Le BSIF calibre les exigences de fonds propres pour chaque secteur en fonction du risque sous-jacent.
    • En ce qui concerne les banques, nous avons lancé une consultation sur des révisions de la version à l’étude de la ligne directrice NFP, qui comprennent notamment des changements ciblés ayant trait à certaines expositions de nature commerciale. Par exemple, la version à l’étude propose un traitement plus détaillé et plus sensible au risque pour les prêts liés à l’acquisition et à l’aménagement de terrains ainsi qu’à la construction de bâtiments, et des coefficients de pondération du risque standard plus bas pour certaines expositions sur les PME et sur les titres d’entreprises de bonne qualité, de même que pour les expositions sur les banques d’importance systémique canadiennes. La collecte de commentaires se poursuit, et les propositions ne sont pas encore définitives.
  • Ces propositions comprennent des recalibrages ciblés, qui reposent sur le risque sous-jacent et qui visent à appuyer des prêts productifs tout en maintenant de solides garanties. Bref, les révisions de la version à l’étude ont pour objet de contribuer à la résilience du système financier.

Animateur :

L’IA est un outil de productivité puissant – elle peut par exemple servir à hausser la rapidité et l’efficacité de la souscription. Mais l’IA a aussi un effet accélérateur sur les menaces, que l’on pense notamment à la génération de faux documents très sophistiqués qui sont utilisés à des fins de fraude hypothécaire et de blanchiment d’argent. La lutte contre la fraude hypothécaire est l’une de nos grandes priorités à titre d’association, ce qui explique nos démarches auprès du gouvernement fédéral afin que l’on mette en place un système de vérification du revenu fondé sur les données de l’Agence du revenu du Canda (ARC). Dans l’optique du BSIF, dans quelle mesure êtes-vous préoccupé à l’idée que l’IA progresse plus rapidement que la capacité du secteur à assurer sa défense?

Surintendant Peter Routledge :

  • Mon principe cardinal peut se formuler de la façon suivante : « D’abord, ne pas nuire ». Nous devons laisser aux institutions l’espace nécessaire pour qu’elles puissent innover, tout en gardant l’œil ouvert pour être en mesure de détecter et de gérer les risques importants dès qu’ils se manifestent.
  • Nous collaborons avec le Global Risk Institute et avec le secteur dans le cadre de la deuxième édition du Forum sur l’intelligence artificielle dans le secteur des services financiers (FIASSF). Ce dialogue nous aide à définir des principes permettant d’assurer une utilisation responsable de l’IA, notamment sur le plan de la transparence, de l’équité, de la sécurité et de la responsabilisation.
  • Les institutions financières adoptent elles aussi l’IA, et elles peuvent tirer parti de ce type d’outils pour mieux détecter la fraude ou les fausses déclarations.
  • Dans le cadre de notre consultation sur la gestion du risque de crédit, nous évaluerons nos attentes particulières en matière de vérification du revenu, afin de déterminer les points à améliorer ou à préciser. Nous mènerons des consultations sur les changements proposés lorsque nous publierons la version à l’étude de ce chapitre, probablement en 2027.
  • Nous sommes en faveur de tout outil qui peut aider les prêteurs à vérifier rigoureusement le revenu des emprunteurs, ce qui inclut l’outil prévu pour effectuer la vérification du revenu à partir des données de l’ARC. C’est l’ARC qui élabore cet outil, de sorte qu’il serait préférable de lui transmettre toute question à ce sujet.

Animateur :

À quoi va ressembler la réussite du système financier canadien dans cinq à dix ans d’ici?

Surintendant Peter Routledge :

  • On parlera de réussite si le système financier demeure résilient pendant les mauvaises périodes économiques comme pendant les bonnes.
  • Cela signifie également que l’on exerce une gouvernance solide et un leadership responsable, et que l’on a instauré une culture de risque robuste qui permet de cerner rapidement les risques et d’en atténuer les effets avant qu’ils ne deviennent systémiques.
  • Un système efficace doit aussi concourir au financement durable de l’habitation. On continue de faire preuve de prudence en ce qui touche la souscription et la gestion des comptes, et les prêts à fort effet de levier sont bien gérés.
  • La réussite passe aussi par une saine concurrence et par l’innovation au sein du système financier, ce qui inclut l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux modèles, de pair avec une approche dite « même activité, même risque », de sorte que l’innovation ne remette pas en question la stabilité.
  • Enfin, la réussite signifie que le Canada va continuer d’être perçu à l’échelle internationale comme ayant un système bien capitalisé et bien réglementé, qui favorise la croissance économique à long terme.

Animateur :

À l’heure actuelle, comment le BSIF évalue-t-il l’efficacité de ses lignes directrices sur la souscription de prêts hypothécaires (p. ex., simulations de crise, coefficients de pondération du risque) dans le contexte actuel marqué par des taux élevés et par un ralentissement du marché immobilier? Quels sont les indicateurs clés qui pourraient signaler un futur calibrage et auxquels les courtiers devraient donc porter attention?

Surintendant Peter Routledge :

  • Nous avons récemment publié un rapport d’analyse comparative des ratios de fonds propres, des coefficients de pondération du risque et de la rentabilité des banques d’importance systémique (BIS) du Canada et d’institutions étrangères comparables.
    • Nous avons constaté que les coefficients de pondération du risque lié aux prêts hypothécaires des banques canadiennes sont plus bas que ceux de nombre d’institutions comparables.
    • Le régime de fonds propres en vigueur au Canada est proportionnel par nature, contribue à la compétitivité à l’échelle internationale et appuie la stabilité à long terme.
    • Les banques d’importance systémique canadiennes sont parmi les plus rentables de la planète.
  • Le BSIF mène des travaux pour établir si les mesures de souscription permettent d’atteindre l’objectif prudentiel sous-jacent. Cela requiert de limiter l’accumulation de prêts à fort effet de levier en période de prospérité, et de soutenir la résilience en période de crise, au lieu de fixer des cibles en matière de logement ou de prix.
  • Nous évaluons l’efficacité de cette approche au moyen d’indicateurs au niveau des portefeuilles, combinés à des données sur le rendement des prêts. Cela comprend la prise en compte de facteurs comme les tendances relatives aux prêts en souffrance et aux défaillances, la capacité de service de la dette, le type d’emprunteur (propriétaire occupant, investisseur), les écarts régionaux et les changements que connaît l’environnement économique, par exemple l’augmentation des taux de chômage et l’incertitude découlant d’éventuelles mesures de protectionnisme commercial de la part des États-Unis.

Animateur :

Quel serait le plus grand risque qui pèse sur le système financier canadien et dont on ne parle pas assez? Et à quoi les décideurs, les prêteurs et les consommateurs devraient-ils porter particulièrement attention?

Surintendant Peter Routledge :

  • Les entités du secteur de l’intermédiation financière non bancaire (IFNB) peuvent aider le secteur bancaire et les marchés financiers traditionnels en favorisant la concurrence, en permettant d’assurer la couverture du risque, en facilitant la détermination des prix et en contribuant à la stabilisation des marchés en période de tension.
  • Toutefois, ces entités mènent souvent des opérations de transformation des échéances, des liquidités ou du crédit, en assumant des niveaux élevés de levier financier ou de levier synthétique. Leur manque de transparence, leurs comportements procycliques et leur interdépendance croissante avec le système financier peuvent soulever d’importants risques systémiques et mettre en péril la stabilité financière.
  • Le secteur de l’IFNB a connu une forte croissance au cours des dernières années, de pair avec une hausse des valorisations d’actifs sur un large éventail de marchés.
  • Le BSIF vise à s’assurer que les institutions surveillent, comprennent et déclarent leurs expositions liées au secteur de l’IFNB et les risques qui s’y rattachent de façon cohérente et complète. Dans le cadre de sa consultation sur la gestion du risque de crédit, le BSIF va recueillir des commentaires jusqu’au 29 juillet prochain.

Animateur :

Les canaux du crédit non bancaire et du crédit privé continuent de prendre de l’expansion, car la souscription traditionnelle demeure serrée. Comment le BSIF évalue-t-il le risque systémique émanant de l’extérieur du périmètre des IFF, et quelles zones d’ombre ou quelles retombées rattachées à ce segment du marché surveillez-vous le plus étroitement?

Surintendant Peter Routledge :

  • Je dirais d’abord que nous nous en tenons à notre mandat. La surveillance exercée par le BSIF vise les banques et les assureurs fédéraux, de sorte que nous nous efforçons avant tout de déterminer s’il y a une augmentation des expositions directes ou indirectes de ces institutions à des prêteurs non bancaires, et si leur gestion du risque évolue à l’avenant.
  • Ensuite, nous observons ce que l’on pourrait appeler les « points de débordement ». Il s’agit plus précisément des liens qui existent sur le plan du financement et des liquidités, ainsi que des transferts de risque de crédit et des expositions au risque de contrepartie. Si le risque se déplace à l’extérieur du périmètre assujetti à la réglementation, mais qu’il continue de se répercuter sur les IFF, cela devient un enjeu pertinent pour nous sur le plan prudentiel.
  • Enfin, nous coordonnons les hypothèses et nous les soumettons à des essais rigoureux. Nous misons sur notre dialogue de surveillance pour nous assurer que les institutions ne se fient pas au fait que « quelqu’un d’autre exerce une surveillance » en guise de stratégie de gestion du risque. S’il y a des raisons de penser que des risques pour le système s’accumulent dans l’ombre, nous nous penchons sans perdre de temps sur les attentes entourant la gouvernance, la concentration et la propension à prendre des risques.